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Le 3 novembre, dans la chronique « Allô le doc » de la matinale de TF1, le Dr Jean-Marc Sène a résumé le revers de la vitamine D d’une formule : elle « augmente le calcium et donne un risque pour le rein » [1]. Le rappel tombe au moment où les ampoules et les flacons de gouttes reviennent sur les étals des pharmacies. Il laisse pourtant de côté la question de la personne qui garde déjà une ampoule prescrite dans son armoire et un complément « spécial hiver » sur sa table de nuit : à partir de quand le total devient-il trop ?
Vitamine D et reins : comment l’excès de calcium s’installe
La fonction principale de la vitamine D est d’augmenter le calcium et le phosphore dans le sang [11]. En excès, elle pousse l’intestin à absorber davantage de calcium et l’os à en libérer [7]. Le sang se charge alors en calcium : c’est l’hypercalcémie. Les reins tentent d’évacuer ce surplus dans les urines, ce qui se traduit d’abord par une hypercalciurie, un excès de calcium urinaire. C’est ce signal précoce, plus que l’hypercalcémie elle-même, que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a retenu en 2023 pour fixer la dose à ne pas dépasser [2].
En ce moment
Quand l’excès dure, le calcium se dépose dans le rein lui-même, ce qu’on appelle une néphrocalcinose, ou forme des calculs. La notice des ampoules de 100 000 UI range parmi les signes d’un surdosage les urines abondantes, la soif intense et la déshydratation, les calculs rénaux, la calcification des tissus, « en particulier du rein et des vaisseaux », et jusqu’à l’insuffisance rénale. Maux de tête, fatigue, perte d’appétit, nausées et vomissements figurent dans la même liste [4].
Une ampoule de 100 000 UI, c’est 25 jours de dose maximale
Pour un adulte, l’EFSA fixe la limite de sécurité à 100 microgrammes (µg) de vitamine D par jour, toutes sources confondues, soit 4 000 unités internationales (UI), puisque 1 µg vaut 40 UI [2], [7]. C’est la quantité qui peut être prise chaque jour sur le long terme sans effet indésirable attendu. Elle a été obtenue en divisant par 2,5 la plus petite dose à laquelle des essais ont observé un excès de calcium urinaire : 250 µg par jour, soit 10 000 UI [2].
Une ampoule buvable de 100 000 UI contient 2 500 µg. Rapportée à cette limite, elle concentre 25 jours de dose maximale d’un adulte en une seule prise. Ce n’est pas un problème en soi, car ces ampoules sont conçues pour être espacées. Pour prévenir une carence, leur notice prévoit une ampoule tous les 3 mois chez l’adulte et le sujet âgé. Pour traiter une carence, elle prévoit une à deux ampoules par mois selon sa sévérité, avec une surveillance du calcium, sans dépasser 600 000 UI par an, soit 6 ampoules [4], [5].

Nous avons lissé ces schémas sur l’année pour les comparer à la limite quotidienne. Le calcul reste approché, puisqu’une grosse dose espacée ne se comporte pas exactement comme une petite dose quotidienne, mais il montre où se situe la marge :
- une ampoule tous les 3 mois apporte en moyenne 1 096 UI par jour, 27 % de la limite ;
- six ampoules par an, le plafond des notices, montent à 1 644 UI par jour, 41 % de la limite ;
- l’ampoule trimestrielle plus un complément de 1 000 UI par jour reste à 2 096 UI, environ la moitié de la limite ;
- la même ampoule plus un complément de 4 000 UI par jour atteint 5 096 UI, plus d’un quart au-dessus de la limite ;
- une ampoule chaque semaine au lieu de chaque trimestre donne 14 286 UI par jour, 3,6 fois la limite, au-delà des 10 000 UI auxquels l’excès de calcium urinaire a été observé.

Le calcul est moins alarmant que le discours habituel sur le « cumul » : une ampoule prescrite et un complément modeste restent sous la limite. Le risque se concentre sur deux situations précises. La première est le complément très dosé, qui atteint ou dépasse à lui seul les 4 000 UI quotidiens. La seconde est l’erreur de rythme, qui transforme une prise trimestrielle en prise hebdomadaire. C’est pour cela que la notice demande de « tenir compte des doses totales de vitamine D » dès qu’un autre traitement en contient déjà [4].
Les compléments à prendre « tous les 10 jours », un piège de rythme
L’erreur de rythme ne concerne pas que les ampoules. Des compléments vendus en ligne affichent 5 000 ou 10 000 UI par goutte, avec une posologie d’une goutte tous les 5 ou 10 jours [7]. En septembre 2025, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) a estimé que ces fortes doses espacées augmentaient le risque d’être prises plus souvent que prévu, chaque jour au lieu de tous les 7, 10 ou 20 jours [9]. Il recommande de ne pas dépasser 20 µg, soit 800 UI, par dose journalière dans un complément et réserve les doses espacées à un avis et à un suivi médicaux. Son avis porte sur les compléments, pas sur les médicaments prescrits [9].
Six nourrissons hospitalisés en France après des gouttes achetées en ligne
Les cas les plus graves signalés à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) concernent des bébés. Dans le cadre de la nutrivigilance, son dispositif de surveillance des effets indésirables des compléments alimentaires, l’Anses a publié deux avis sur six nourrissons atteints d’hypercalcémie sévère : trois cas en juillet 2021, trois autres en février 2023, dont deux avec menace du pronostic vital [6], [7]. Les six enfants avaient reçu des compléments achetés sur internet, dosés à 5 000 ou 10 000 UI par goutte et destinés aux adultes. Selon les cas, ils ont reçu de 20 000 à 40 000 UI par jour [6], [7], alors que la limite de l’EFSA est de 1 000 UI par jour avant 6 mois [3] et que la dose recommandée de 0 à 2 ans est de 400 à 800 UI par jour [7].
Dans l’un de ces cas, un nourrisson recevait 4 gouttes par jour d’un médicament dosé à 10 000 UI par millilitre, soit 1 200 UI. Sur le conseil d’un chiropracteur, le médicament a été arrêté, et la mère l’a remplacé par un complément acheté en ligne, à raison de 4 gouttes par jour aussi : 40 000 UI quotidiennes [7]. Environ quatre mois plus tard, l’enfant arrivait aux urgences avec un calcium sanguin à 3,7 mmol/L, une anomalie de l’électrocardiogramme et des dépôts de calcium dans les deux reins [7]. Chez un autre bébé, le calcium atteignait 5,46 mmol/L, plus du double de la limite haute de 2,6 mmol/L [7].

L’Anses relève que, dans les six cas, l’intoxication a suivi le remplacement d’un médicament par un complément, sur décision des parents ou après un conseil imprécis d’un professionnel de santé. L’erreur vient d’une différence d’étiquetage : la concentration du médicament est exprimée par millilitre, celle des compléments par goutte [7]. L’agence demande que cette différence soit proscrite et constate que les recommandations publiées en 2021 avec l’ANSM, les sociétés de pédiatrie et les centres antipoison n’ont pas suffi à éviter de nouveaux cas [7], [8]. Le problème dépasse la France : en août 2026, le BfR a fait état d’un nouveau cas grave chez un nourrisson en Allemagne, survenu en juillet après la prise d’un complément pour adultes acheté sur internet [10].
Qui a besoin de vitamine D en hiver, et à quelle dose au maximum
Sur TF1, le Dr Sène rappelle que l’Anses ne recommande pas de supplémenter toute la population et cite trois situations où la question se pose : les personnes de plus de 65 ans, qui sortent moins, celles qui ont une ostéoporose et celles qui chutent à répétition [1]. L’Anses compte aussi parmi les populations à risque les nouveau-nés et les nourrissons, les femmes enceintes, les femmes ménopausées et les personnes à la peau mate ou foncée. Elle demande que l’apport supplémentaire passe par la prescription d’un professionnel de santé, en privilégiant les médicaments, dont la notice précise doses et risques de surdosage [11].
Les limites de sécurité, toutes sources confondues, s’établissent ainsi [2], [3] :
- adulte, femme enceinte ou allaitante et adolescent de 11 à 17 ans : 100 µg, soit 4 000 UI par jour ;
- enfant de 1 à 10 ans : 50 µg, soit 2 000 UI par jour ;
- nourrisson de 6 mois à 1 an : 35 µg, soit 1 400 UI par jour ;
- nourrisson de moins de 6 mois : 25 µg, soit 1 000 UI par jour.
Ces chiffres sont des plafonds, pas des doses à viser. Sur une étiquette, confondre microgrammes et unités internationales multiplie la dose par 40 : 1 000 µg font 40 000 UI, pas 1 000 UI. Un multivitamine, un complément « calcium + vitamine D » ou un lait enrichi s’ajoutent aussi au total : la notice des ampoules cite le lait supplémenté parmi les apports à compter [4].
En cas de surdosage, cette même notice demande d’arrêter le traitement, de boire abondamment, de limiter les apports en calcium, laitages compris, et de consulter un médecin [4]. Lorsqu’un complément alimentaire est en cause, l’effet indésirable peut aussi être déclaré en ligne par le patient lui-même au dispositif de nutrivigilance de l’Anses [12].
Sources et références
[1] TF1 Info — La vitamine D « augmente le calcium et donne un risque pour le rein » : un médecin rappelle qu'il ne faut pas en prendre sans avis médical, 3 novembre 2026
https://www.tf1info.fr/sante/la-vitamine-d-augmente-le-calcium-et-donne-un-risque-pour-le-rein-un-medecin-rappelle-qu-il-ne-faut-pas-en-prendre-sans-avis-medical-2473544.html
[2] EFSA, groupe NDA — Scientific opinion on the tolerable upper intake level for vitamin D, EFSA Journal, 2023
https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2023.8145
[3] EFSA — Overview on Tolerable Upper Intake Levels as derived by the Scientific Committee on Food (SCF) and the EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA), version 11, août 2025
https://www.efsa.europa.eu/sites/default/files/2024-05/ul-summary-report.pdf
[4] ANSM, base de données publique des médicaments — Notice patient d'Uvedose 100 000 UI, solution buvable en ampoule
https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/notice/N0438866.htm
[5] ANSM, base de données publique des médicaments — Résumé des caractéristiques du produit d'Uvedose 100 000 UI, solution buvable en ampoule, mis à jour le 7 octobre 2025
https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0438866.htm
[6] Anses — Avis relatif à des intoxications à la vitamine D chez des nourrissons par mésusage de compléments alimentaires (saisine 2020-VIG-0186), 28 juillet 2021
https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2020VIG0186.pdf
[7] Anses — Avis relatif à des nouveaux cas d'intoxications à la vitamine D chez des nourrissons par mésusage de compléments alimentaires (saisine 2022-VIG-0166), 22 février 2023
https://www.anses.fr/system/files/NUT2022VIG0166.pdf
[8] ANSM — Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage, 27 janvier 2021, mis à jour le 17 mars 2021
https://ansm.sante.fr/actualites/vitamine-d-chez-lenfant-recourir-aux-medicaments-et-non-aux-complements-alimentaires-pour-prevenir-le-risque-de-surdosage
[9] BfR — High single doses of vitamin D via food supplements at intervals of days or weeks associated with health risks, avis 031/2025, 3 septembre 2025
https://www.bfr.bund.de/assets/01_Ver%C3%B6ffentlichungen/Stellungnahmen_englisch/high-single-doses-of-vitamin-d-via-food-supplements-at-intervals-of-days-or-weeks-associated-with-health-risks.pdf
[10] BfR — Vitamin D-Vergiftung bei Säuglingen, communication 045/2026, 7 août 2026
https://www.bfr.bund.de/assets/01_Ver%C3%B6ffentlichungen/Mitteilungen_deutsch/vitamin-d-vergiftung-bei-saeuglingen.pdf
[11] Anses — Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ?
https://www.anses.fr/fr/article/vitamine-pourquoi-comment-assurer-apport-suffisant
[12] Anses — La nutrivigilance
https://www.anses.fr/fr/nos-missions/surveiller-et-alerter/dispositif-de-nutrivigilance






