Sommaire
Les 19 °C viennent du Code de l’énergie. Son article R. 241-26 fixe en moyenne à 19 °C « les limites supérieures de température de chauffage » pour l’ensemble des pièces d’un logement [3]. Le texte pose donc un maximum, et une moyenne sur tout l’appartement ou toute la maison, pas une température à atteindre dans chaque pièce. Il descend même à 16 °C quand le logement reste vide 24 à 48 heures et à 8 °C au-delà [3].
Cette règle, héritée des chocs pétroliers des années 1970, sert à économiser l’énergie. Elle ne dit rien de la température dont le corps a besoin. Pour le savoir, il faut se tourner vers les repères sanitaires, et ils ne placent pas tout le monde au même niveau.
19 °C pour la loi, 18 °C pour l’OMS : un seul degré d’écart
Dans ses lignes directrices sur le logement et la santé publiées en 2018, l’Organisation mondiale de la santé retient 18 °C comme température intérieure « sûre et équilibrée » pour protéger la santé de la population générale pendant la saison froide, dans les pays au climat tempéré [6]. C’est une recommandation qualifiée de forte. Le seuil vient d’un groupe de travail de l’OMS qui n’avait trouvé aucun risque démontrable pour des personnes en bonne santé et sédentaires entre 18 et 24 °C [6].
En ce moment
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Sous ce seuil, l’OMS relie les logements froids à une tension artérielle plus élevée, à davantage de symptômes d’asthme et à une moins bonne santé mentale. Elle estime à 38 200 par an les décès hivernaux en excès dus aux logements froids dans 11 pays européens étudiés [6]. Entre ce minimum sanitaire et le plafond légal français, il ne reste qu’un degré. Le ministère du Logement juge d’ailleurs la réglementation française « sensiblement plus protectrice » que l’OMS, tout en reconnaissant que des murs froids peuvent donner un ressenti bien inférieur à la température réelle [5]. L’ADEME, l’agence de la transition écologique, cite le cas d’un thermostat réglé à 19 °C pour un ressenti de 16,5 °C dans un logement mal isolé [7].
Surtout, l’OMS précise qu’un minimum supérieur à 18 °C peut être nécessaire pour les personnes âgées, les enfants et les malades chroniques, en particulier du cœur et des poumons [6]. Elle ne chiffre pas ce supplément : certaines reprises évoquent 2 à 3 degrés de plus, un nombre absent de ses recommandations.
Pièce par pièce : les repères de l’ADEME
Pour concilier confort et économies, l’ADEME module la température selon la pièce et le moment de la journée [7] :
| Pièce | Occupée | Inoccupée ou la nuit |
|---|---|---|
| Salon, bureau | 19 °C | 16 à 17 °C |
| Chambre | — | 17 °C |
| Chambre d’enfant | 19 °C en journée | 17 °C la nuit |
| Salle de bain | 22 °C | 16 à 17 °C |
Ces repères n’ont pas changé, même si plusieurs articles présentent cet automne 20 °C comme la « nouvelle recommandation des experts ». La fourchette existe déjà chez l’ADEME : sur sa page consacrée au thermostat programmable, elle propose 19 à 21 °C le jour quand on est à la maison, et 16 à 17 °C la nuit [8]. Ce sont des repères d’économie d’énergie conçus pour un adulte en bonne santé, qui ne remplacent pas les repères sanitaires du nourrisson ou de la personne âgée.


Pour gagner quelques degrés, l’agence déconseille les radiateurs d’appoint à pétrole ou à gaz, plus énergivores, plus dangereux à cause du monoxyde de carbone et du risque d’incendie, et nocifs pour l’air intérieur. Si un appoint est indispensable, elle préfère un modèle électrique rayonnant ou à bain d’huile [7].
Personnes âgées : un corps qui se réchauffe plus lentement
Avec l’âge, la régulation de la température du corps se détériore, ce qui augmente la sensation de froid, explique le ministère des Solidarités dans ses bonnes pratiques pour les établissements qui hébergent des personnes âgées. Celles-ci se réchauffent plus lentement, et la mauvaise circulation au bout des doigts et des pieds accroît les pertes de chaleur. La dénutrition, certains traitements et l’inactivité aggravent encore ces troubles [9].
Pour ces établissements, le ministère recommande une température moyenne de 20 à 22 °C dans les pièces de vie des résidents, sans dépasser 24 °C. La nuit, on peut baisser de deux ou trois degrés, sans descendre sous 18 °C [9]. Ces repères visent les Ehpad et les résidences, mais ils reposent sur une physiologie qui ne change pas quand la personne vit chez elle.
Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Gerontology a suivi pendant un an 47 personnes âgées vivant à domicile à Boston, aux États-Unis, en relevant en continu la température de leur logement [10]. Les participants signalaient le moins souvent du mal à rester attentifs quand il faisait entre 20 et 24 °C chez eux. À 4 degrés en dessous ou au-dessus de cette plage, la cote de déclarer cette difficulté doublait. La cote rapporte les chances de signaler cette gêne à celles de ne pas la signaler ; une cote de 1 voudrait dire aucune différence. L’effectif est petit et la gêne était déclarée par les participants eux-mêmes, mais le résultat va dans le même sens que les repères du ministère.
Le froid pèse aussi sur la mortalité. Santé publique France a attribué au froid 46 256 décès entre 2000 et 2010 dans 18 villes de l’Hexagone, soit 3,9 % des décès, contre 1,2 % pour la chaleur : plus de trois fois plus, selon notre calcul [11]. Ce poids vient surtout des journées modérément froides, bien plus nombreuses que les vagues de grand froid. L’effet n’est pas immédiat : il s’observe dans les 3 à 21 jours qui suivent l’exposition, par des maladies du cœur et des poumons [11]. Ces chiffres portent sur la température extérieure, pas sur celle des logements, mais ils montrent où se situe le danger.
La loi en tient compte. Un arrêté du 25 juillet 1977 porte à 22 °C en moyenne la limite de chauffage dans les logements qui accueillent des personnes âgées ou des enfants en bas âge, ou dans lesquels des soins médicaux sont donnés, avec un maximum de 24 °C dans une pièce [3], [4]. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 16 janvier 2024, le ministère du Logement a confirmé que la température moyenne peut être fixée au-delà de 19 °C « en fonction des besoins sanitaires » des occupants [5]. Un locataire dont le logement est trop peu chauffé doit d’abord prévenir le propriétaire, puis le mettre en demeure par courrier recommandé, et peut enfin saisir le juge des contentieux de la protection [5].
Chambre du nourrisson : 18 à 20 °C, et pas plus
Chez le bébé, la logique s’inverse : le danger, la nuit, vient d’une pièce trop chaude plus que du froid. La mort inattendue du nourrisson est la première cause de décès entre 28 jours et 1 an. Elle touche chaque année 250 à 350 bébés en France, dont trois sur quatre avant 6 mois, et la moitié des cas seraient évitables en respectant les mesures de prévention [12].
Parmi ces mesures, reprises par Santé publique France d’après l’Académie américaine de pédiatrie : une chambre qui n’est pas surchauffée, entre 18 et 20 °C, où l’air circule, et un bébé couché sur le dos dans une turbulette adaptée à sa taille et à la saison, sur un matelas ferme, sans couette, oreiller, tour de lit ni peluche [12]. C’est plus chaud que les 17 °C que l’ADEME propose la nuit pour une chambre d’enfant : pour un nourrisson, c’est la fourchette sanitaire qui sert de repère.

Chaque degré se paie sur la facture
Selon l’ADEME, baisser la température de consigne de 1 °C fait économiser en moyenne 7 % d’énergie sur la facture de chauffage [8]. À l’inverse, passer de 19 à 22 °C le logement d’un parent âgé représente environ 21 % de consommation de chauffage en plus, selon notre calcul. Ce n’est qu’un ordre de grandeur : l’économie réelle dépend de l’isolation et du mode de chauffage. Le chauffage pèse à lui seul 66 % des dépenses énergétiques d’un logement [7].
Ce coût explique les chiffres du baromètre énergie-info du Médiateur national de l’énergie, mené en septembre auprès de 2 000 foyers et publié le 3 novembre [1], [2]. 72 % des foyers disent avoir limité leur chauffage l’hiver dernier pour éviter une facture trop élevée, contre 53 % en 2020. 35 % ont eu froid chez eux pendant au moins 24 heures, plus de deux fois plus qu’en 2020. Chez ceux qui ont eu froid, la première raison citée est justement d’avoir réduit le chauffage pour payer moins, à 38 % [2]. Rapporté à l’ensemble des foyers, cela fait environ un foyer sur huit qui a eu froid pour avoir restreint son chauffage, selon notre calcul. Chez les bénéficiaires du chèque énergie, 52 % ont souffert du froid [2].

Pour savoir où l’on en est vraiment, le thermostat doit mesurer au bon endroit. L’ADEME conseille de le fixer dans une pièce de vie, sur un mur intérieur, à 1,50 mètre du sol et à plus d’un mètre d’une fenêtre ou d’un radiateur, dans une pièce sans chauffage d’appoint [8]. Un thermomètre posé contre une vitre froide ou au-dessus d’un radiateur donne une température qui n’est pas celle que l’on vit.
Sources et références
[1] Médiateur national de l'énergie — Baromètre énergie-info 2026 : la précarité énergétique s'accentue et freine la transition, 3 novembre 2026
https://www.energie-mediateur.fr/publication/barometre-energie-info-2026/
[2] Médiateur national de l'énergie — Synthèse du baromètre énergie-info 2026 (enquête Mantu auprès de 2 000 foyers, 2-15 septembre 2026)
https://www.energie-mediateur.fr/wp-content/uploads/2026/11/synthese_barometre_energie-info_2026.pdf
[3] Ministère de la Transition écologique et du Logement — Chauffage dans les bâtiments : limites de température (articles R. 241-25 à R. 241-29 du Code de l'énergie)
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/chauffage-batiments
[4] Arrêté du 25 juillet 1977 relatif à la limitation de la température de chauffage dans les locaux et établissements sanitaires et hospitaliers et dans les logements où sont donnés des soins médicaux ou qui logent ou hébergent des personnes âgées ou des enfants en bas âge, Légifrance
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000312799/2024-05-23
[5] Assemblée nationale — Question écrite n° 12890 : dérogation à la température maximale de 19 °C dans les logements collectifs, réponse du ministère du Logement publiée au Journal officiel le 16 janvier 2024
https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-12890QE.htm
[6] Organisation mondiale de la santé — WHO Housing and health guidelines, 2018 (chapitre 4 : Low indoor temperatures and insulation)
https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/be014865-921a-482c-89e4-9191c7476e13/content
[7] ADEME — Les bons gestes pour un chauffage plus économique, 12 décembre 2025
https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/amenager-maison/chauffer/bons-gestes-chauffage-plus-economique
[8] ADEME — Comment installer un thermostat programmable ?, 30 octobre 2026
https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/amenager-maison/renover/installer-thermostat-programmable
[9] Ministère du Travail et des Solidarités — Plan de sobriété énergétique et personnes âgées : bonnes pratiques dans les établissements et services
https://solidarites.gouv.fr/plan-de-sobriete-energetique-et-personnes-agees-bonnes-pratiques-dans-les-etablissements-et-services
[10] The Journals of Gerontology, Series A — Home Ambient Temperature and Self-Reported Attention in Community-Dwelling Older Adults, 2025
https://doi.org/10.1093/gerona/glae286
[11] Santé publique France — Grand froid : données (impacts de la chaleur et du froid sur la mortalité dans 18 villes, 2000-2010), mis à jour le 25 juillet 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/grand-froid/donnees
[12] Santé publique France — Mort inattendue du nourrisson : le syndrome
https://www.santepubliquefrance.fr/mort-inattendue-du-nourrisson/le-syndrome




