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Ils arrivent par la poste, en petits flacons de poudre blanche à diluer soi-même ou en stylos injecteurs prêts à l’emploi. Sur des sites basés notamment en Suisse, en Hongrie ou aux Pays-Bas, l’AFP a relevé des prix de 30 à 150 euros la fiole, avec des promesses de « récupération musculaire », de « réparation tissulaire » ou de « propriétés régénératives » [2]. Sur TikTok et Instagram, des vidéos qui prêtent aux peptides le pouvoir de faire maigrir, d’effacer l’acné ou de freiner la chute des cheveux cumulent des centaines de milliers de vues [13].
Le mot « peptide » rassure, parce qu’il désigne aussi des médicaments connus. Ce sont de petites chaînes d’acides aminés, les briques des protéines, et la médecine en fabrique depuis plus d’un siècle : l’insuline, ou le principe actif d’Ozempic, en font partie [10]. Mais ces médicaments-là ont été évalués puis autorisés. Les produits vendus en ligne, eux, ne l’ont pas été, et l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament, les range parmi les produits frauduleux : leur composition est incertaine et leur utilisation peut entraîner de graves problèmes de santé [1]. Elle cite le rétatrutide, le BPC-157, le TB500, le GHK-Cu ou le NAD+ [1].
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BPC-157 : 81 participants en 33 ans, aucun par piqûre sous la peau
Surnommé « Wolverine shot », du nom du héros de X-Men qui se régénère, le BPC-157 est vanté pour accélérer la guérison des tendons et des muscles. Le peptide a été décrit pour la première fois en 1993 [3]. Plus de 200 articles le mentionnent dans PubMed, la grande base de la littérature médicale, et aucun n’y est classé comme essai randomisé contrôlé, selon notre recherche du 4 novembre [14]. L’essentiel de ces travaux a été mené chez le rongeur [3].
Le 23 juillet, les experts de la FDA, l’agence américaine du médicament, ont fait le compte de tous les humains ayant reçu du BPC-157 dans des études publiées : 24 volontaires et environ 26 malades par lavement intestinal, 17 personnes par injection dans le genou, 12 par injection dans la vessie et 2 par perfusion [3]. Soit 81 participants en tout, selon notre calcul, dans des études courtes, sur de petits effectifs et avec un suivi de sécurité le plus souvent flou [3]. La FDA n’a trouvé aucune étude où il aurait été donné par voie sous-cutanée, par la bouche, par le nez ou sur la peau [3]. Le seul essai contrôlé, mené contre une maladie de l’intestin, la rectocolite hémorragique, n’est connu que par un résumé de congrès et ne montre pas de différence nette avec le placebo [3].
Chez l’animal, des injections répétées pendant 28 jours chez le rat et le chien ont fait apparaître des signaux qui pourraient compter chez l’homme : troubles de la coagulation et indices d’atteinte du foie [3]. La FDA juge aussi que ce peptide, injecté, peut déclencher une réaction du système immunitaire, d’autant que les poudres vendues contiennent des impuretés et des agrégats que personne ne mesure [3]. Une revue de la littérature citée par l’Inserm évoque enfin un risque théorique de favoriser la croissance de certaines tumeurs, jamais vérifié chez l’homme faute d’études cliniques de qualité [10]. Le BPC-157 n’entre dans aucun médicament autorisé, dans aucun pays, et l’Agence mondiale antidopage l’interdit aux sportifs [3].

Aux États-Unis, un comité consultatif de la FDA a pourtant recommandé, par 8 voix contre 6, d’autoriser les pharmacies à préparer du BPC-157 et du TB-500 sur ordonnance, à rebours de l’avis écrit des scientifiques de l’agence [12]. Ce vote ne vaut pas autorisation de mise sur le marché : il porte sur les préparations en pharmacie, n’engage pas la FDA et ne change rien en France. Pour le TB-500, l’agence n’a d’ailleurs trouvé aucune étude où il aurait été donné à l’homme : ses seules mesures dans le sang viennent de chevaux de course et de rats [3].

Rétatrutide : un vrai médicament à l’essai, vendu avant d’être autorisé
Le cas du rétatrutide est différent. Cette injection hebdomadaire contre l’obésité, développée par le laboratoire Eli Lilly, est l’un des candidats médicaments les plus étudiés du moment : ClinicalTrials.gov, le registre public des essais cliniques, recense 32 essais de Lilly, dont 14 de phase 3, qui réunissent près de 27 000 participants inscrits ou prévus, selon notre décompte [4]. Il n’est pourtant autorisé par aucune agence. Lilly prévoit de déposer sa demande auprès de la FDA au premier trimestre 2027 [8], et la MHRA, l’agence britannique, rappelle que tout rétatrutide vendu en dehors d’un essai clinique l’est illégalement [11].
Cela n’a pas empêché des sites de le proposer aux Français. En 2026, l’ANSM a pris trois décisions de police sanitaire contre deux vendeurs en ligne, qui imposent l’arrêt de la vente, de la publicité et le rappel des produits : le 9 juillet contre Synedica Laboratories et ses « Retatrutide 40mg Injection Pen Kit », puis le 16 juillet et le 14 août contre la société AZRL LTD, qui vendait des stylos Azentra et FastPen [5], [6], [7]. Ces stylos portaient la mention « Research Use Only », réservé à la recherche, tout en étant présentés comme des traitements de perte de poids [6].
La décision du 14 août cite les arguments du site : « En moyenne, 13 à 38 kg perdus sur 3 à 5 mois », et un traitement « sans le parcours de 6 mois imposé en pharmacie » [7]. Dans le principal essai de Lilly, la perte de poids moyenne à la dose la plus forte a atteint 25 % chez des adultes obèses sans diabète, au bout de 80 semaines, soit plus d’un an et demi [9]. Rien ne garantit en outre que ces stylos contiennent la molécule de Lilly, ni à la dose annoncée : pour l’ANSM, la provenance, la qualité, l’efficacité et la sécurité de ces produits ne sont pas garanties [7].
Infections, foie, malaises : ce que l’ANSM a vu remonter
L’agence a lancé son alerte le 2 juillet après avoir reçu des signalements, notamment après l’usage de rétatrutide, dont certains ont conduit à une hospitalisation [1]. Auprès de l’AFP, son directeur général adjoint, Alexandre de la Volpilière, en a compté « une dizaine », chez des personnes de 15 à 35 ans, pour des troubles gastro-intestinaux, des problèmes hépatiques et des infections, en soulignant une « sous-déclaration » [2]. L’ANSM liste les effets à surveiller [1] :
- nausées, vomissements, diarrhée, douleurs au ventre ;
- perte d’appétit importante et déshydratation ;
- fatigue intense, malaise, vertiges ;
- atteinte du foie, visible seulement dans une prise de sang ;
- sensibilité anormale au toucher ;
- infection au point d’injection ;
- réaction allergique sévère.
Ces risques sont plus élevés avec les produits injectables, précise l’agence [1]. Une partie tient au produit lui-même : dans les certificats d’analyse du BPC-157 qu’elle a examinés, ceux joints aux demandes comme ceux trouvés en ligne, la FDA n’a trouvé aucun test de stérilité ni de recherche d’endotoxines, ces débris de bactéries qui provoquent fièvre et inflammation quand on les injecte [3]. Une autre partie tient au geste. Les flacons de poudre se reconstituent à la maison, « des fois avec de l’eau qui n’est pas stérile », avec des erreurs de dilution et de dose, explique la chercheuse de l’Inserm Armelle Rancillac, sans compter le matériel et l’hygiène de l’injection, qui exposent aux abcès et aux infections [2].

« Réservé à la recherche » : une mention qui ne protège personne
Presque tous ces produits portent la mention « For research use only » ou « Not for human use ». Pour Alexandre de la Volpilière, c’est un « artifice » destiné à « tromper le consommateur ou les douanes » : le cadre réglementaire ne donne à un particulier ni le droit d’acheter ces substances, ni celui de se les injecter, et « toute utilisation d’un produit expérimental, en dehors d’une autorisation d’essais cliniques, est complètement illégale » [2]. L’ANSM demande donc de ne jamais utiliser un produit qui porte cette mention [1].
Le nom imprimé sur le flacon ne dit pas non plus ce qu’il contient. La FDA a constaté que plusieurs sels et dérivés, parfois de molécules actives différentes, se vendent sous le même nom commercial de BPC-157 [3]. Et les contrefaçons circulent à grande échelle : le 14 octobre, la MHRA et la police des West Midlands ont saisi plus de 12 000 faux stylos de rétatrutide et de tirzépatide, avec des emballages pour 30 000 autres, dans un entrepôt insalubre de Birmingham. L’agence britannique prévient que rien ne garantit ce qu’ils contiennent, ni qu’ils n’ont pas été contaminés [11].

Déjà acheté ou injecté : arrêter et le signaler
À ceux qui ont acheté ou utilisé des peptides hors du circuit du médicament, l’ANSM demande d’arrêter, de consulter rapidement un professionnel de santé en cas d’effet indésirable et d’appeler le 15 ou le 18 en cas de détresse vitale [1]. Les effets peuvent survenir à tout moment, même si rien n’a été ressenti au moment de l’injection, et tout événement peut être déclaré sur le portail officiel signalement.social-sante.gouv.fr ; une annonce de vente se signale sur Pharos [1]. Pour perdre du poids, changer de silhouette ou améliorer ses performances, l’agence renvoie vers un médecin ou un pharmacien, qui peuvent proposer une prise en charge encadrée [1] : les traitements de l’obésité autorisés existent, mais sur ordonnance.
Sources et références
[1] ANSM — « Peptides » vendus en ligne : ne les utilisez pas, ils peuvent être dangereux, 2 juillet 2026, mis à jour le 31 août 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/peptides-vendus-en-ligne-ne-les-utilisez-pas-ils-peuvent-etre-dangereux
[2] AFP Factuel — Les peptides injectables pour perdre du gras et gagner du muscle ? Des effets non prouvés et des risques pour la santé, 14 août 2026
https://factuel.afp.com/doc.afp.com.C3ZX6CQ
[3] FDA — Pharmacy Compounding Advisory Committee, présentations de la réunion des 23 et 24 juillet 2026 (BPC-157, TB-500)
https://www.fda.gov/media/193773/download
[4] ClinicalTrials.gov — essais enregistrés portant sur le rétatrutide (LY3437943), consulté le 4 novembre 2026
https://clinicaltrials.gov/search?intr=retatrutide
[5] ANSM — Décision de police sanitaire du 09/07/2026, retrait des produits présentés comme contenant des agonistes du GLP-1, société Synedica Laboratories
https://ansm.sante.fr/actualites/decision-de-police-sanitaire-du-09-07-2026-retrait-des-produits-presentes-comme-contenant-des-agonistes-du-glp-1-societe-synedica-laboratories
[6] ANSM — Décision de police sanitaire du 16/07/2026, retrait des produits présentés comme contenant des agonistes du GLP-1, société AZRL LTD
https://ansm.sante.fr/actualites/decision-de-police-sanitaire-du-16-07-2026-retrait-des-produits-presentes-comme-contenant-des-agonistes-du-glp-1-societe-azrl-ltd
[7] ANSM — Décision de police sanitaire du 14/08/2026, retrait du produit « FastPen 40mg », société AZRL LTD
https://ansm.sante.fr/actualites/decision-de-police-sanitaire-du-14-08-2026-retrait-du-produit-fastpen-40mg-presente-comme-contenant-un-agoniste-du-glp-1-societe-azrl-ltd
[8] Eli Lilly — Lilly's triple agonist, retatrutide, successful in two additional Phase 3 obesity trials, communiqué, 23 juillet 2026
https://investor.lilly.com/news-releases/news-release-details/lillys-triple-agonist-retatrutide-successful-two-additional
[9] Eli Lilly — Lilly's triple agonist, retatrutide, delivered powerful weight loss in pivotal Phase 3 obesity trial, communiqué, 21 mai 2026
https://investor.lilly.com/news-releases/news-release-details/lillys-triple-agonist-retatrutide-delivered-powerful-weight-loss
[10] Inserm, Canal Détox — Vieillissement, performances sportives, sommeil… Que dit vraiment la science des peptides ?, 4 février 2026
https://presse.inserm.fr/canal-detox/vieillissement-performances-sportives-sommeil-que-dit-vraiment-la-science-des-peptides/
[11] MHRA — Counterfeit weight loss pens worth £2 million seized by MHRA and West Midlands Police, 15 octobre 2026
https://www.gov.uk/government/news/counterfeit-weight-loss-pens-worth-2-million-seized-by-mhra-and-west-mids-police
[12] AJMC — FDA Panel Backs 6 Peptides for Compounding, 31 juillet 2026
https://www.ajmc.com/view/fda-panel-backs-6-peptides-for-compounding
[13] Le Soir (Le Figaro) — Poids, acné, muscles : les peptides sont-ils vraiment efficaces et sans danger ?, 3 novembre 2026
https://www.lesoir.be/780655/article/2026-11-03/poids-acne-muscles-les-peptides-sont-ils-vraiment-efficaces-et-sans-danger
[14] PubMed — recherche « BPC 157 » ou « BPC-157 » dans les titres et résumés, 224 références au 4 novembre 2026
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/?term=%22BPC+157%22%5Btiab%5D+OR+%22BPC-157%22%5Btiab%5D






