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Le rétatrutide de Lilly fait perdre deux fois plus de kilos qu’Ozempic, mais son avance sur Mounjaro reste bien plus mince dans les essais déjà menés

Le rétatrutide, une injection hebdomadaire d'Eli Lilly encore à l'essai, a fait perdre 21,5 kg en 80 semaines à des adultes diabétiques, contre 9,5 kg avec Ozempic. Nous avons replacé ce duel face à Wegovy et Mounjaro, mesuré ce qu'il change pour l'apnée du sommeil et regardé ce qui le sépare encore des pharmacies françaises.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Dr Bellanger (1 min 13) : ce que le rétatrutide de Lilly fait perdre face à Ozempic, Wegovy et Mounjaro, ses effets indésirables et ce qu'il change pour l'apnée du sommeil.
Sommaire

Le comparateur choisi par Eli Lilly n’a rien d’anodin. Ozempic est le nom que tout le monde connaît, celui que des patients se procurent parfois hors de leur diabète pour maigrir. En l’affrontant directement, le laboratoire américain répond à la question que se posent beaucoup de personnes traitées ou candidates à un traitement : faut-il attendre la prochaine molécule ? Pour y répondre, il faut regarder contre quelle dose, chez qui et dans quel type d’essai ce match a été gagné.

Le rétatrutide ajoute une cible aux médicaments actuels. Le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) imite une seule hormone intestinale, le GLP-1, qui coupe l’appétit. Le tirzépatide (Mounjaro) en imite deux, le GLP-1 et le GIP. Le rétatrutide active en plus le récepteur du glucagon, une hormone qui mobilise les réserves d’énergie de l’organisme : d’où son surnom de « triple agoniste » [1].

Rétatrutide contre Ozempic : un duel gagné face à la dose du diabète

L’essai TRANSCEND-T2D-2, dont Lilly a annoncé les premiers résultats le 28 octobre, a réparti 1 298 adultes atteints de diabète de type 2, mal équilibrés sous metformine, entre deux doses de rétatrutide (9 et 12 mg) et Ozempic 2 mg, une injection par semaine pendant 80 semaines [1]. Avec 12 mg, les participants ont perdu en moyenne 20,9 % de leur poids, soit 21,5 kg, contre 9,4 % (9,5 kg) sous Ozempic, un rapport de 2,2 [1]. L’hémoglobine glyquée, le marqueur du diabète sur trois mois, a baissé de 2,2 points contre 1,8 point, à partir de 8,3 % [1].

Trois éléments donnent sa vraie portée à ce « deux fois plus ». Ozempic 2 mg est la dose maximale du diabète, alors que les personnes traitées pour leur obésité reçoivent Wegovy, le même sémaglutide dosé à 2,4 mg. Les participants étaient tous diabétiques, une population qui perd en général moins de poids, comme le souligne Lilly lui-même [1]. Enfin, l’essai était mené en ouvert : chacun savait quel traitement il recevait, et les chiffres viennent d’un communiqué, les résultats détaillés devant encore être publiés dans une revue scientifique [1].

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Gros plan sur une pilule, un ruban à mesurer et une pomme verte sur une table, avec une personne s'étirant à l'arrière-plan.
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Face à Wegovy et Mounjaro, l’avance du rétatrutide se réduit

Aucun essai n’a encore opposé directement le rétatrutide à Wegovy ou à Mounjaro chez des personnes obèses sans diabète. Nous avons donc rapproché les trois grands essais menés contre placebo à la dose maximale de chaque molécule, en retenant le même mode de calcul, qui compte tous les participants, y compris ceux qui ont arrêté le traitement en route [2], [3], [4].

Molécule, dose maximaleEssai, duréePerte de poidsPlacebo
Sémaglutide 2,4 mg (Wegovy)STEP 1, 68 semaines−14,9 %−2,4 %
Tirzépatide 15 mg (Mounjaro)SURMOUNT-1, 72 semaines−20,9 %−3,1 %
Rétatrutide 12 mgTRIUMPH-1, 80 semaines−25,0 %−3,9 %

Selon notre calcul, le rétatrutide fait perdre environ 1,7 fois plus de poids que Wegovy, et le rapport reste le même une fois retirée la perte observée sous placebo. Face à Mounjaro, l’écart tombe à 4,1 points, soit environ un cinquième de plus. Ces essais distincts n’ont ni la même durée ni tout à fait les mêmes participants : ceux de TRIUMPH-1 partaient d’un indice de masse corporelle (IMC) moyen de 40, plus élevé [2]. Le rapprochement donne un ordre de grandeur, pas un classement définitif. Il est cohérent avec le seul duel déjà publié entre les deux médicaments actuels : sur 72 semaines, le tirzépatide avait fait perdre 20,2 % du poids contre 13,7 % pour le sémaglutide [5].

Infographie Dr Bellanger : perte de poids moyenne à la dose maximale dans trois essais contre placebo chez des adultes avec obésité sans diabète, rétatrutide 12 mg −25,0 % en 80 semaines, tirzépatide 15 mg (Mounjaro) −20,9 % en 72 semaines, sémaglutide 2,4 mg (Wegovy) −14,9 % en 68 semaines ; face à Ozempic 2 mg chez des diabétiques, −21,5 kg contre −9,5 kg ; apnée du sommeil de 58,6 à environ 24 pauses par heure avec 9 mg ; rétatrutide non autorisé, dépôt prévu aux États-Unis début 2027, et délai de 4 ans et 5 mois pour Wegovy entre son autorisation européenne et son remboursement en France.
Dans leurs essais contre placebo, le rétatrutide a fait perdre 25 % du poids, contre 20,9 % pour le tirzépatide (Mounjaro) et 14,9 % pour le sémaglutide (Wegovy), sur des durées différentes. Infographie : Dr Bellanger, d’après Eli Lilly, le New England Journal of Medicine, l’EMA et ameli.fr ; calculs de la rédaction.

Calculés en supposant que tous les participants auraient suivi leur traitement, les chiffres de TRIUMPH-1 grimpent à 28,3 %, soit 31,9 kg perdus en moyenne avec 12 mg, et 45,3 % des participants ont perdu au moins 30 % de leur poids, un niveau que Lilly rapproche de la chirurgie bariatrique [2]. La réponse à la question qui compte vraiment viendra de TRIUMPH-5, un essai d’environ 800 adultes obèses qui compare directement le rétatrutide au tirzépatide, dont la fin de la phase principale est attendue en novembre 2026 selon le registre ClinicalTrials.gov [6].

Le prix de cette efficacité : plus de nausées et des sensations cutanées inhabituelles

Les effets indésirables suivent ceux de la famille, mais en plus marqué à forte dose. Dans TRIUMPH-1, avec 12 mg, 42,4 % des participants ont eu des nausées et 25,3 % des vomissements, contre 14,8 % et 4,8 % sous placebo [2]. Un effet plus inattendu est apparu : des dysesthésies, c’est-à-dire des sensations anormales de la peau comme des picotements ou une sensibilité au toucher, chez 12,5 % des participants à 12 mg, contre 0,9 % sous placebo. Elles étaient le plus souvent légères à modérées et se sont en majorité résolues sous traitement [2].

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Ces troubles pèsent sur la suite du traitement : 11,3 % des participants à 12 mg l’ont arrêté à cause d’un effet indésirable, contre 4,9 % sous placebo [2]. La dose de 4 mg, atteinte en une seule étape d’augmentation, a déjà fait perdre 19,0 % du poids, avec 4,1 % d’arrêts [2]. Pour beaucoup de patients, le choix de la dose comptera sans doute davantage que le record affiché par la plus forte.

Apnée du sommeil : moins de pauses respiratoires, mais rarement la fin du masque

L’apnée obstructive du sommeil se mesure par l’index d’apnées-hypopnées, le nombre moyen de pauses ou de baisses de la respiration par heure de sommeil. On parle d’apnée modérée à partir de 15 par heure, et sévère à partir de 30. Les deux essais publiés le 20 octobre dans le New England Journal of Medicine ont suivi 243 adultes sans diabète et 448 adultes diabétiques, tous en surpoids ou obèses et atteints d’une apnée modérée à sévère [7]. Au départ, ils faisaient en moyenne 58,6 et 55,9 pauses par heure, pour un poids moyen de 116 à 120 kg [7].

Après 80 semaines, la dose de 9 mg a réduit l’index de 34,3 pauses par heure chez les participants sans diabète, contre 9,9 sous placebo, et la dose de 12 mg de 25,4 chez les diabétiques, contre 10,3 [7]. En retranchant ces baisses des valeurs de départ, il reste environ 24 pauses par heure chez les non-diabétiques et 30 chez les diabétiques : en moyenne, l’apnée passe de sévère à modérée, ou reste à la limite de la forme sévère. Certaines présentations évoquent un médicament qui rendrait le masque inutile ; pour la plupart des patients, la question de l’appareil à pression positive continue reste à trancher avec le médecin du sommeil.

La nuit, dans une chambre éclairée par la lune, un homme aux cheveux gris dort sur le dos avec un masque nasal relié par un tuyau à un appareil posé sur la table de chevet ; à côté de lui, sa femme, accoudée, le regarde, l'air soucieux.
Un homme dort avec son masque d’appareil à pression positive, sous le regard de sa compagne. Dans l’essai sans diabète, le rétatrutide 9 mg a fait passer l’apnée de 58,6 à environ 24 pauses respiratoires par heure, une forme qui reste modérée. Image d’illustration.

Ce résultat ressemble à celui déjà obtenu par le tirzépatide, autorisé aux États-Unis contre l’apnée du sommeil des personnes obèses sous le nom de Zepbound [2]. Dans son premier essai, l’index était passé de 51,5 à environ 26 pauses par heure en 52 semaines, contre une baisse de 5,3 sous placebo [8]. Les deux molécules agissent par la même voie, la perte de poids qui libère les voies respiratoires, et le rétatrutide ne montre pas, à ce stade, d’avantage net sur ce terrain.

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Rétatrutide en France : aucune demande d’autorisation déposée

Le rétatrutide n’est autorisé par aucune agence du médicament dans le monde, et Lilly rappelle que toute personne qui prétend en vendre aux particuliers enfreint la loi [1]. Le laboratoire prévoit de déposer sa demande auprès de l’agence américaine, la FDA, au premier trimestre 2027 [9]. Il dit disposer des données nécessaires à des « dépôts dans le monde entier », sans avoir annoncé de date pour l’Europe [9]. Aucun des centres de l’essai TRIUMPH-1 n’était situé en France, d’après le registre ClinicalTrials.gov [10].

Le précédent de Wegovy donne une idée des délais. Autorisé dans l’Union européenne le 6 janvier 2022 [11], il n’est remboursé en France que depuis le 15 juin 2026 [12], soit 4 ans et 5 mois plus tard, selon notre calcul. Entre-temps, il était vendu sur ordonnance, à un prix fixé par le laboratoire et sans aucun remboursement [13]. Le rétatrutide devra franchir les mêmes étapes après une éventuelle autorisation européenne : évaluation par la Haute Autorité de santé, puis négociation de son prix.

Pour les personnes qui cherchent un traitement aujourd’hui, l’offre remboursée se limite à Wegovy et Mounjaro, pris en charge à 65 % par l’Assurance maladie depuis le 15 juin 2026 [12]. Il faut un IMC d’au moins 40 après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite, ou d’au moins 35 avec une maladie liée au poids, et la première prescription revient à certains médecins spécialistes de l’obésité, qui remplissent un formulaire à présenter en pharmacie [12].

Illustration éditoriale pour l'article « Tout savoir sur l'imc idéal pour préserver votre santé »

Les renouvellements peuvent ensuite être faits par le médecin traitant [12]. Hors de ces critères, les deux médicaments restent prescriptibles à partir d’un IMC de 30, ou de 27 avec une maladie liée au poids, mais sans aucun remboursement [13].

Sources et références

[1] Eli Lilly — Lilly's retatrutide delivered greater A1C reduction and more than double the weight loss of Ozempic's highest approved dose in head-to-head trial, communiqué, 28 octobre 2026
https://investor.lilly.com/news-releases/news-release-details/lillys-retatrutide-delivered-greater-a1c-reduction-and-more

[2] Eli Lilly — Lilly's triple agonist, retatrutide, delivered powerful weight loss in pivotal Phase 3 obesity trial, communiqué, 21 mai 2026
https://investor.lilly.com/news-releases/news-release-details/lillys-triple-agonist-retatrutide-delivered-powerful-weight-loss

[3] Wilding JPH et al. — Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity (STEP 1), New England Journal of Medicine, 18 mars 2021
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33567185/

[4] Jastreboff AM et al. — Tirzepatide Once Weekly for the Treatment of Obesity (SURMOUNT-1), New England Journal of Medicine, 21 juillet 2022
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35658024/

[5] Aronne LJ et al. — Tirzepatide as Compared with Semaglutide for the Treatment of Obesity (SURMOUNT-5), New England Journal of Medicine, 11 mai 2025
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2416394

[6] ClinicalTrials.gov — A Study of Retatrutide (LY3437943) Compared to Tirzepatide (LY3298176) in Adults Who Have Obesity (TRIUMPH-5), NCT06662383
https://clinicaltrials.gov/study/NCT06662383

[7] Grunstein RR et al. — Retatrutide Once Weekly for Treatment of Obstructive Sleep Apnea, New England Journal of Medicine, 21 octobre 2026
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42904878/

[8] Malhotra A et al. — Tirzepatide for the Treatment of Obstructive Sleep Apnea and Obesity (SURMOUNT-OSA), New England Journal of Medicine, 2024
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2404881

[9] Eli Lilly — Lilly's triple agonist, retatrutide, successful in two additional Phase 3 obesity trials, communiqué, 23 juillet 2026
https://investor.lilly.com/news-releases/news-release-details/lillys-triple-agonist-retatrutide-successful-two-additional

[10] ClinicalTrials.gov — A Study of Retatrutide (LY3437943) in Participants Who Have Obesity or Overweight (TRIUMPH-1), NCT05929066
https://clinicaltrials.gov/study/NCT05929066

[11] Agence européenne des médicaments — Wegovy, EPAR
https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/wegovy

[12] ameli.fr — Obésité : de nouveaux médicaments peuvent être pris en charge dans des conditions encadrées, 16 juin 2026
https://www.ameli.fr/assure/actualites/obesite-de-nouveaux-medicaments-peuvent-etre-pris-en-charge-dans-des-conditions-encadrees

[13] Service-Public.fr — Deux médicaments contre l'obésité remboursés depuis le 15 juin, 1er juin 2026, mis à jour le 15 juin 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18932

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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