Aller au contenu

Une douleur du cou inhabituelle qui persiste peut précéder un AVC chez l’adulte jeune, un accident dont les cas ont presque doublé en trente ans avant 55 ans

Un accident vasculaire cérébral (AVC) sur quatre touche une personne de moins de 65 ans, et la hausse chez les jeunes adultes ne s'explique pas seulement par l'hypertension ou le diabète. En cette Journée mondiale de l'AVC, les neurologues insistent sur des risques propres à cet âge : dissection d'une artère du cou, cannabis et cocaïne, pilule combinée chez les femmes qui ont des migraines avec aura.

Relu par Antoine BOUQUET
La nuit devant son ordinateur, un homme d'une trentaine d'années grimace en se tenant le côté du cou, éclairé par la lampe de bureau et la lumière bleue de l'écran.
Un jeune adulte se tient le cou. La déchirure d'une artère du cou fait partie des causes d'AVC que les neurologues surveillent chez l'adulte jeune ; en France, un patient hospitalisé pour un AVC sur quatre a moins de 65 ans. Image d'illustration.

L’accident vasculaire cérébral reste dans les esprits une maladie de personnes âgées. Les chiffres disent autre chose. Aux États-Unis, une étude publiée le 23 septembre dans la revue Neurology montre que les premiers AVC chez les 20-54 ans sont passés de 33,9 à 62,2 cas pour 100 000 personnes par an entre 1993-1994 et 2020, soit une hausse de 83 % [3][4]. En France, le Pr Yannick Béjot, chef du service de neurologie au CHU de Dijon, rappelle que la probabilité de faire un infarctus cérébral a été multipliée par deux chez les moins de 50 ans entre les années 1980 et 2000 [1]. Ce jeudi 29 octobre, Journée mondiale de l’AVC, les neurologues reviennent sur une question simple : pourquoi des trentenaires et des quadragénaires, et par quels facteurs de risque propres à leur âge ?

Les AVC des jeunes adultes progressent aussi en France

En 2022, 122 422 adultes ont été hospitalisés pour un AVC en France, et 25,4 % d’entre eux avaient moins de 65 ans, selon Santé publique France [5]. Cela représente environ 31 000 personnes en une année. D’après l’Inserm, 10 % des patients ont même moins de 45 ans [7].

La hausse porte sur les AVC ischémiques, ceux qu’un caillot provoque en bouchant une artère du cerveau, soit environ 80 % des cas [7]. Entre 2008 et 2019, chez les moins de 65 ans, le taux de patients hospitalisés pour ce type d’AVC est passé de 48,4 à 57,9 pour 100 000 chez les hommes (+19,6 %) et de 24,2 à 28,3 chez les femmes (+16,9 %), tandis qu’il reculait après 75 ans [6]. La progression est nette chez les hommes de 18 à 34 ans (+1,5 % par an) et de 35 à 44 ans (+2,2 % par an) [6].

En ce moment

Une partie de cette hausse tient aux examens. « Quand des signaux apparaissent, on va plus facilement faire une IRM qu’avant », explique la Pr Charlotte Cordonnier, neurologue au CHU de Lille et présidente de la Société française neurovasculaire [1]. Mais, pour les spécialistes, un meilleur dépistage n’explique pas tout [1].

Lire aussi :  Quelle huile essentielle gorge utiliser pour se soigner ?
Infographie Dr Bellanger : en France, le taux d'hospitalisation pour AVC ischémique avant 65 ans passe de 48,4 à 57,9 pour 100 000 chez les hommes et de 24,2 à 28,3 chez les femmes entre 2008 et 2019 ; aux États-Unis, les premiers AVC des 20-54 ans passent de 33,9 à 62,2 pour 100 000 ; trois pistes propres aux jeunes : dissection, cannabis, pilule combinée et migraine avec aura.
En France comme dans la région de Cincinnati, les infarctus cérébraux progressent chez les adultes jeunes ; en bas, trois facteurs de risque propres à cet âge. Infographie : Dr Bellanger, d’après Santé publique France, Neurology, l’Inserm et la HAS.

Hypertension, diabète, surpoids : des risques classiques qui arrivent plus tôt

Le premier moteur est connu. « La population est exposée de plus en plus tôt et de façon de plus en plus importante à l’hypertension, au diabète, à la sédentarité, au surpoids, au cholestérol, aux consommations de toxiques », résume le Dr Stéphane Vannier, neurologue vasculaire au CHU de Rennes. « Les effets se cumulent dans le temps, avec des AVC qui surviennent plus tôt qu’avant » [2]. Le Pr Béjot regrette que ces facteurs soient « insuffisamment repérés chez les jeunes » [1].

L’hypertension en est le meilleur exemple : elle ne fait pas mal et se découvre souvent par hasard. Chez l’adulte, les seuils ne dépendent pas de l’âge, et une mesure à 140 mmHg en haut ou 90 en bas lors d’une consultation doit être confirmée par plusieurs mesures, comme nous l’expliquions dans notre article sur la tension artérielle normale selon l’âge.

Ces facteurs ne suffisent pourtant pas à tout expliquer. Dans l’étude américaine, l’hypertension et le diabète progressent chez les moins de 55 ans, mais aussi à tous les âges, y compris chez les plus âgés, où le risque d’AVC baisse [3]. Les neurologues cherchent donc aussi du côté de causes plus propres aux jeunes adultes.

Une personne prend sa tension artérielle avec un tensiomètre électronique, assise à une table devant un proche.

Une artère du cou qui se déchire, cause fréquente d’AVC chez les jeunes

« Un AVC chez un sujet jeune peut être causé par une artère qui se déchire, ce qu’on appelle une dissection », rappelle le Dr Vannier, pour qui les causes génétiques restent exceptionnelles [2]. La dissection touche les artères carotides ou vertébrales, qui montent dans le cou vers le cerveau : certaines couches de leur paroi se rompent, le sang s’y infiltre et le calibre de l’artère se réduit, jusqu’à bloquer le flux vers le cerveau. L’Inserm la présente comme la première cause d’AVC ischémique chez les jeunes adultes [7].

Lire aussi :  Greffe de cheveux et mutuelle : vos remboursements en 2026

Elle explique environ 15 à 20 % des infarctus cérébraux de l’adulte jeune [8]. Son origine est souvent multiple : une paroi artérielle plus fragile, un traumatisme parfois mineur, une infection récente, mais aussi l’hypertension ou la migraine [8]. Le signe qui doit alerter est une douleur du cou ou un mal de tête d’un seul côté, inhabituel et persistant : les neurologues recommandent d’évoquer ce diagnostic dans ce cas, l’IRM permettant de voir le saignement dans la paroi de l’artère [8].

Cannabis, cocaïne, vapotage : des substances sous surveillance

L’étude de Cincinnati apporte un chiffre frappant. Parmi les jeunes patients victimes d’un AVC, la consommation de substances notée dans le dossier est passée de 4,6 % en 1993-1994 à 40,2 % en 2020. Le cannabis porte l’essentiel de ce saut : il concernait moins de 1 % des patients au début de la période, et 30,6 % en 2020 [3]. Il s’agit d’une association relevée chez des malades, pas de la preuve que le cannabis a causé leur AVC, et les chercheurs estiment qu’il ne suffirait pas, seul, à porter une hausse de cette ampleur [3].

Le risque est mieux établi pour la cocaïne. Selon une étude de l’université du Maryland citée par 20 Minutes, sa consommation multiplie par sept le risque d’AVC ischémique dans les 24 heures qui suivent la prise [1]. Près de 140 000 personnes en consomment chaque mois en France, en grande majorité des 18-34 ans [1]. Pour la cigarette électronique, les données restent préliminaires : « De récentes études faites sur des animaux montrent qu’un produit chimique utilisé dans certaines cigarettes électroniques pourrait avoir un impact sur les artères du cerveau », indique le Pr Béjot [1]. Le tabac, lui, figure parmi les facteurs modifiables que les neurologues demandent de corriger en priorité [2].

Pilule combinée et migraine avec aura, une association à éviter chez les femmes

Les femmes représentent près de la moitié des jeunes patients de l’étude américaine [3]. Chez elles, un facteur s’ajoute : la pilule combinée, qui contient un œstrogène, comme le patch et l’anneau vaginal. La Haute Autorité de santé rappelle que cette contraception est contre-indiquée en cas de migraine avec aura, ces troubles de la vue ou de la sensibilité qui précèdent le mal de tête, et conseille alors de privilégier une méthode non hormonale [9].

Lire aussi :  Quel remède pour soulager une crampe au pied rapidement ?

Ces règles ne sont pas toujours suivies. La fondation Agir pour le cœur des femmes a examiné les dossiers de 1 062 femmes de 16 à 55 ans dépistées dans son Bus du cœur des femmes : 40,7 % des contraceptions œstroprogestatives prescrites étaient inadaptées au vu de leurs facteurs de risque cardiovasculaire, et 59,8 % en tenant compte des antécédents familiaux [10]. L’hypertension concernait près d’un quart de ces femmes, et l’association tabac et plus de 35 ans, 8 % [10].

Dans une salle de bain le soir, une jeune femme se tient la tempe en regardant la plaquette de pilules qu'elle tient à la main.
Une jeune femme qui a mal à la tête regarde sa plaquette de pilules : une migraine avec aura contre-indique la pilule combinée. Image d'illustration.

Le Pr Béjot plaide pour des bilans de santé dès 40 ans et, chez les femmes, à des moments où le risque change : le début d’une contraception, après une grossesse et à la ménopause [1]. Selon lui, 80 à 90 % des AVC seraient évitables si une dizaine de facteurs de risque étaient pris en charge [1]. Le Dr Vannier cite les mêmes leviers : traiter l’hypertension, équilibrer un diabète, arrêter le tabac, limiter les toxiques et bouger régulièrement [2].

À 30 ans comme à 75, les mêmes signes imposent d’appeler le 15

Les signes d’alerte ne changent pas avec l’âge : un côté du corps paralysé, une perte de sensation dans un bras ou une jambe, un visage qui se déforme, des mots qui ne sortent plus ou n’ont plus de sens [2]. Le danger, chez les jeunes, est de ne pas y croire. Or il faut appeler le 15 immédiatement : à l’hôpital, un médicament injecté dans les veines peut dissoudre le caillot, et une intervention peut le retirer, mais plus le temps passe, plus le cerveau s’abîme et plus les séquelles sont lourdes [2].

Sources et références

[1] 20 Minutes — « J'ai commencé à voir tout en vert de mon œil droit »… Pourquoi de plus en plus de jeunes font des AVC, 29 octobre 2026
https://www.20minutes.fr/sante/4255007-20261029-commence-voir-tout-vert-droit-pourquoi-plus-plus-jeunes-font-avc

[2] Le Télégramme — « En trente ans, les nouveaux cas d'AVC ont doublé chez les moins de 60 ans », alerte un neurologue du CHU de Rennes, 29 octobre 2026
https://www.letelegramme.fr/sante/en-trente-ans-les-nouveaux-cas-davc-ont-double-chez-les-moins-de-60-ans-alerte-un-neurologue-du-chu-de-rennes-7148024.php

[3] Science et Vie — Personne ne comprends pourquoi le taux d'AVC a doublé chez les jeunes Américains en 30 ans, 29 septembre 2026
https://www.science-et-vie.com/cerveau-et-intelligence/personne-ne-comprends-pourquoi-le-taux-davc-a-double-chez-les-jeunes-americains-en-30-ans-260662.html

[4] Robinson D et al. — Stroke in the Young: Incidence, 30-Day Case Fatality Rates…, Neurology, 23 septembre 2026
https://www.neurology.org/doi/10.1212/WNL.0000000000218622

[5] Gabet A et al. (Santé publique France) — Épidémiologie des accidents vasculaires cérébraux en France, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, hors-série 2025
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/HS/2025_HS_3.html

[6] Olié V et al. (Santé publique France) — Patients Hospitalized for Ischemic Stroke and Intracerebral Hemorrhage in France: Time Trends (2008-2019), J Clin Med, 2022;11(6):1669
https://doi.org/10.3390/jcm11061669

[7] Inserm — Accident vasculaire cérébral (AVC), dossier d'information
https://www.inserm.fr/dossier/accident-vasculaire-cerebral-avc/

[8] Sztajzel R — Dissections carotidiennes et vertébrales spontanées, Revue médicale suisse, 2017
https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2017/revue-medicale-suisse-560/dissections-carotidiennes-et-vertebrales-spontanees

[9] Haute Autorité de santé — Fiche mémo Contraception chez la femme à risque cardiovasculaire, annexe, 2013
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-09/contraception_chez_la_femme_a_risque_cardiovasculaire_-_annexe.pdf

[10] Vidal (APMnews) — Contraception estroprogestative : 40 % à 60 % de prescriptions inadaptées par rapport aux facteurs de risque cardiovasculaire, 29 septembre 2026
https://www.vidal.fr/actualites/38372-contraception-estroprogestative-40-a-60-de-prescriptions-inadaptees-par-rapport-aux-facteurs-de-risque-cardiovasculaire.html

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Dans la même rubrique