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Le boîtier rond vissé au plafond du couloir rassure, mais il ne surveille pas la chaudière. Le détecteur de fumée doit « détecter les fumées émises dès le début d’un incendie » [10]. Le monoxyde de carbone (CO), lui, ne fait ni fumée ni odeur. Ce gaz incolore naît d’une combustion incomplète, quel que soit le combustible, bois, gaz, fioul, charbon, pétrole ou essence, et se diffuse très vite dans la pièce [2]. Une fois respiré, il prend la place de l’oxygène dans le sang [7]. Seul un détecteur de CO, un appareil distinct, mesure sa présence dans l’air.
Détecteur de monoxyde de carbone : facultatif, mais un texte du Sénat veut l’imposer
Les détecteurs de monoxyde de carbone « ne sont pas obligatoires dans les habitations », rappelait encore la DGCCRF, le service de la répression des fraudes, en mars 2025 [4]. Une proposition de loi déposée au Sénat le 12 octobre par Dany Wattebled et Marie-Claude Lermytte veut changer la règle [1]. Son article unique tient en trois obligations :
- le propriétaire installe au moins un détecteur de monoxyde de carbone normalisé dans le logement, et vérifie qu’il fonctionne lors de l’état des lieux s’il le loue ;
- l’occupant, locataire ou propriétaire, l’entretient et le remplace si nécessaire ;
- l’occupant signale l’installation à l’assureur qui couvre son logement contre l’incendie.
Le dispositif reprend presque trait pour trait celui du détecteur de fumée, où l’installation revient au propriétaire, l’entretien à l’occupant et la notification à l’assureur incendie [10]. Il vise tous les logements, y compris ceux chauffés à l’électricité sans aucun appareil à combustion, et ne dit rien de l’endroit où poser l’appareil. Renvoyé à la commission des affaires économiques, le texte n’a aucune date d’examen [1]. Une proposition de même objet, déposée à l’Assemblée nationale le 19 novembre 2024, n’a pas abouti [11]. Or un détecteur ne protège que s’il est fiable et placé au bon endroit, deux points que la loi, même votée, ne réglerait pas seule.
Norme NF EN 50291 : ce qu’un détecteur conforme doit faire
Faute d’obligation, le choix reste libre et le marché inégal. Le ministère de la Santé demande de vérifier que le fabricant déclare son détecteur conforme à la norme européenne NF EN 50291, une mention qui doit figurer sur l’emballage [2]. Un détecteur conforme sonne d’autant plus vite que l’air est chargé : la notice d’un modèle certifié vendu en France annonce une alarme en moins de 3 minutes à 300 ppm (parties de gaz par million de parties d’air), en 10 à 40 minutes à 100 ppm et en 60 à 90 minutes à 50 ppm [5].
En ce moment
La mention sur la boîte ne garantit pas tout. Lors d’une enquête menée en 2022 et 2023 dans 53 établissements, la DGCCRF a fait analyser cinq modèles ciblés comme les plus à risque : quatre étaient en anomalie, dont deux dangereux, l’un faute des marquages de sécurité exigés par la norme NF EN 50291-1, l’autre parce qu’il détectait le gaz de façon insuffisamment sensible [4]. Elle a aussi fait retirer du marché un boîtier vendu comme détecteur de fumée et de CO à la fois, une double fonction « en principe impossible » selon elle, car les deux appareils ne se posent pas à la même hauteur [4]. Les autres anomalies relevées donnent trois points à vérifier avant l’achat : une notice en français, le nom et l’adresse du fabricant, un marquage de sécurité visible et permanent [4].
Ces appareils sont conçus contre les intoxications aiguës. La notice citée prévient qu’ils ne protègent pas pleinement les personnes atteintes de certaines maladies, pour qui il existe des modèles qui alertent sous 30 ppm [5]. Le ministère signale trois publics plus fragiles : la femme enceinte, car le fœtus peut être atteint plus gravement que sa mère, le nourrisson, parfois le premier ou le seul intoxiqué, et la personne âgée, dont les signes sont mis à tort sur le compte de l’âge [2].
Où poser le détecteur de CO, et où l’éviter
La règle qui revient dans les guides d’installation : un détecteur dans chaque pièce où fonctionne un appareil à combustion, placé à une distance horizontale de 1 à 3 mètres de cet appareil, du même côté de la cloison [5]. La même notice conseille d’en ajouter dans les pièces où l’on passe le plus de temps éveillé, dans chaque chambre et à chaque niveau du logement ; dans une chambre équipée d’un appareil de chauffage, il se pose à hauteur du lit [5].
Sur la hauteur, les repères divergent. La DGCCRF retient 1,5 mètre du sol [4]. La notice de ce modèle, qui renvoie au guide européen d’installation EN 50292, demande dans la pièce de l’appareil une pose haute sur un mur intérieur : le haut du boîtier à au moins 15 cm du plafond, le bas à moins de 30 cm, au-dessus des portes et des fenêtres [5]. Le plus sûr reste de suivre la notice du modèle acheté. Certains emplacements, en revanche, sont à éviter quel que soit l’appareil, parce qu’ils faussent la mesure ou déclenchent de fausses alertes [5] :
- le garage, où chaque démarrage de voiture dégage des gaz d’échappement ;
- la salle de bains et le dessus de l’évier, trop humides ;
- un placard, ou derrière un rideau ou un meuble qui bouche les ouvertures de l’appareil ;
- près d’une porte, d’une fenêtre, d’un extracteur d’air ou d’un conduit de fumée, exposés aux courants d’air ;
- à moins d’un mètre d’un appareil de chauffage ou de cuisson.

Une fois posé, le détecteur se teste en appuyant sur son bouton, chaque semaine selon cette notice, et se remplace au bout de sa durée de vie, dix ans pour ce modèle, qui le signale lui-même par un double bip [5].
Alarme de CO ou alarme incendie : deux réflexes opposés
Un foyer équipé des deux appareils doit savoir lequel sonne. Pour l’alarme incendie, le ministère de la Santé résume les consignes ainsi : ne pas sortir de chez soi, calfeutrer les portes, se mettre près de la fenêtre et attendre les secours. Pour le détecteur de CO, c’est l’inverse : ouvrir les fenêtres et sortir du logement [2].
La marche à suivre est la même quand l’alarme de CO se déclenche ou quand plusieurs personnes ont mal à la tête et la nausée près d’un appareil à combustion [2], [3] : aérer en ouvrant portes et fenêtres, arrêter les appareils si c’est possible, quitter les lieux, appeler le 15, le 18 ou le 112 (le 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes), puis ne pas revenir avant l’avis d’un professionnel. Le centre antipoison répond aussi jour et nuit au 01 45 42 59 59 [3]. Les secours donnent de l’oxygène dès leur arrivée, et les intoxiqués les plus graves sont placés en caisson hyperbare à l’hôpital [2].
Chaudière, chauffe-eau, groupe électrogène : les appareils en cause
Chaque année en France, environ 1 300 épisodes d’intoxication accidentelle au monoxyde de carbone, impliquant près de 3 000 personnes, sont déclarés aux autorités sanitaires, et une centaine de personnes en meurent [2], [3]. Rapporté au nombre d’épisodes, cela fait 2,3 personnes intoxiquées par épisode en moyenne, selon notre calcul : le gaz touche rarement une personne seule. Maux de tête, vertiges, nausées ou vomissements sans diarrhée passent souvent pour une grippe ou une gastro-entérite ; le ministère invite à y penser quand plusieurs personnes du même lieu sont touchées, quand les troubles s’atténuent une fois dehors ou quand un animal de compagnie se comporte anormalement [2].

Les bilans régionaux publiés fin octobre donnent l’ordre de grandeur. En Auvergne-Rhône-Alpes, 279 personnes ont été intoxiquées en 2025 au cours de 137 épisodes ; 24 ont dû être traitées en caisson hyperbare et une est décédée, contre 692 intoxiqués et trois décès en 2024 [7]. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le nombre d’épisodes a légèrement baissé d’une saison de chauffe à l’autre, de 52 à 48, mais celui des personnes touchées a progressé de 34 % en trois saisons, de 137 à 183, selon notre calcul [8].
Quel appareil était en cause ? Les enquêtes menées après chaque intoxication en Centre-Val de Loire désignent la chaudière dans 56 % des intoxications survenues au logement en 2024, surtout au gaz (51 %), plus rarement au fioul (5 %) [6]. Suivent les groupes électrogènes et moteurs thermiques (8 %), les poêles et radiateurs (7 %), les cheminées avec ou sans insert (7 %) et les barbecues ou braseros allumés à l’intérieur (5 %). Dans près de 80 % des cas, l’enquête a relevé au moins un facteur favorisant, d’abord un défaut de l’appareil (24 %) ou une utilisation inadaptée (20 %) [6].
Les appareils qu’on oublie sont souvent ceux qui ne chauffent pas la maison, ou pas tous les jours [2], [3] :
- le chauffe-eau ou le chauffe-bain au gaz, souvent installé dans une petite salle de bains, à faire vérifier avant l’hiver comme la chaudière ;
- la cuisinière, le four ou le réchaud, qui ne doivent jamais servir à se chauffer ;
- le groupe électrogène et la pompe à moteur thermique sortis lors d’une coupure de courant ou d’une inondation, à placer dehors, loin des portes, fenêtres et bouches d’aération, jamais dans un garage ou une cave ;
- le chauffage d’appoint au pétrole ou au gaz, deux heures de suite au maximum ;
- le poêle où l’on laisse couver le feu, à éviter quand un redoux est annoncé ;
- la voiture dont le moteur tourne dans un garage fermé.
Hors du logement, l’ARS de Provence-Alpes-Côte d’Azur alerte sur les panneaux radiants au gaz utilisés pour chauffer salles des fêtes, lieux de culte ou réunions de famille : ils intoxiquent chaque année plusieurs centaines de personnes [8].
Entretien de la chaudière : l’obligation qui existe déjà
Si le détecteur reste facultatif, l’entretien ne l’est pas. Toute chaudière au gaz, au fioul, au bois, au charbon ou multicombustible d’une puissance de 4 à 400 kilowatts doit être entretenue chaque année par un professionnel qualifié [9], [2]. En location, c’est au locataire de faire appel au chauffagiste, sauf si le bail confie cette tâche au bailleur ; l’attestation d’entretien doit être remise dans les 15 jours qui suivent la visite [9]. Un décret du 20 juillet 2023 rend aussi obligatoires l’entretien annuel des foyers et appareils de chauffage, de cuisine et de production d’eau chaude à combustion, et le ramonage des conduits de fumée [2].

Lors de cette visite, le chauffagiste est tenu de mesurer le monoxyde de carbone dans l’air de la pièce où se trouve la chaudière [2]. En dessous de 20 ppm, la situation est normale ; entre 20 et 50 ppm, le fonctionnement présente une anomalie à rechercher ; au-delà de 50 ppm, le danger est jugé grave et immédiat, et la chaudière doit être arrêtée sur-le-champ [2]. C’est aussi à partir de 50 ppm qu’un détecteur domestique conforme commence à sonner, au bout d’une heure à une heure et demie [5] : le boîtier prend le relais entre deux visites, il ne remplace pas la visite elle-même. Santé publique France demande de faire vérifier chauffage, production d’eau chaude et conduits avant toute remise en marche, y compris dans une résidence secondaire, d’aérer au moins dix minutes par jour même par temps froid et de ne jamais boucher grilles et bouches de ventilation [3].
Sources et références
[1] Sénat — Proposition de loi relative à la prévention des risques d'intoxication au monoxyde de carbone, texte n° 27 (2026-2027) de M. Dany Wattebled et Mme Marie-Claude Lermytte, déposé le 12 octobre 2026
https://www.senat.fr/leg/ppl26-027.html
[2] Ministère de la Santé — Intoxications au monoxyde de carbone, mise à jour du 12 décembre 2024
https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/batiments/article/intoxications-au-monoxyde-de-carbone
[3] Santé publique France, Direction générale de la santé et Anses — Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies, communiqué du 26 novembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/cp_monoxyde_de_carbone_2025.pdf
[4] DGCCRF — Détecteurs de monoxyde de carbone : des produits pas toujours fiables, 3 mars 2025
https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/laction-de-la-dgccrf/les-enquetes/detecteurs-de-monoxyde-de-carbone-des-produits-pas
[5] Kidde — Guide d'utilisation et d'installation, détecteurs de monoxyde de carbone à piles K7CO et K7DCO, certifiés EN 50291-1:2018 et EN 50291-2:2019
https://media.adeo.com/media/5172119/media.pdf
[6] ARS Centre-Val de Loire — Bilan régional des intoxications au monoxyde de carbone 2024
https://www.centre-val-de-loire.ars.sante.fr/media/146109/download?inline
[7] ARS Auvergne-Rhône-Alpes — Monoxyde de carbone : 279 personnes intoxiquées en 2025 en Auvergne-Rhône-Alpes, comment éviter les risques ?, 29 octobre 2026
https://www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr/monoxyde-de-carbone-279-personnes-intoxiquees-en-2025-en-auvergne-rhone-alpes-comment-eviter-les
[8] ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur — Monoxyde de carbone, les bons réflexes pour prévenir les intoxications cet hiver, 29 octobre 2026
https://www.paca.ars.sante.fr/monoxyde-de-carbone-les-bons-reflexes-pour-prevenir-les-intoxications-cet-hiver
[9] Service-Public.fr — Entretien annuel de la chaudière : quelles règles pour le locataire ?, vérifié le 19 mai 2025
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F20760
[10] Légifrance — Code de la construction et de l'habitation, articles R142-1 à R142-5 (détecteur de fumée dans les bâtiments d'habitation)
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074096/LEGISCTA000043818923/
[11] Assemblée nationale — Proposition de loi visant à rendre obligatoire l'installation des détecteurs de monoxyde de carbone dans les logements, n° 606, 19 novembre 2024
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0606_proposition-loi






