Sasha venait d’entrer en cinquième quand elle a installé TikTok, pour se divertir. Les « astuces santé mentale » ont vite envahi son fil. À 13 ans, inspirée par des vidéos vues sur la plateforme, elle a fait une tentative de suicide, puis a basculé dans une anorexie sévère [1]. Son histoire ouvre Influence mortelle, la face cachée de TikTok, le documentaire de Louise Martins et Elisa Helain que Tipik, la chaîne de la RTBF, diffuse le 3 novembre [1].
Le film décrit un marché. Des formats accrocheurs, comme « 3 signes que tu es borderline », visent des adolescents qui se posent mille questions, et des « experts » autoproclamés monétisent leur audience en vendant guides, e-books ou podcasts, poussant parfois leurs abonnés à renoncer à un suivi psychologique [1]. Au Royaume-Uni, des psychologues et des psychiatres consultés par The Guardian ont passé au crible les 100 vidéos les plus vues du mot-dièse #mentalhealthtips : 52 contenaient une information trompeuse, du traumatisme « guéri en une heure » aux compléments alimentaires sans preuve contre l’anxiété [2]. TikTok a contesté la méthode et assure retirer les vidéos qui découragent de consulter [2].
En ce moment
Psychologue : un titre protégé que personne ne peut s’attribuer sur TikTok
« Psy » n’est pas un titre. « Psychologue », si. Depuis la loi du 25 juillet 1985, son usage professionnel est réservé aux titulaires d’un diplôme universitaire de haut niveau en psychologie figurant sur une liste fixée par décret [3]. Ce décret, publié en 1990, exige la licence, la maîtrise, puis un diplôme de troisième cycle comprenant un stage professionnel [4]. Chaque psychologue doit faire enregistrer son diplôme, et la liste des praticiens est portée à la connaissance du public [3]. Se présenter comme psychologue sans y avoir droit est un délit, puni comme toute usurpation de titre d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende [3][5].
Le titre de psychothérapeute est lui aussi réservé, aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes [6], et celui de psychiatre désigne un médecin. Les autres étiquettes que l’on croise en ligne, « psychopraticien », « thérapeute », « coach », ne renvoient à aucune des professions que recense l’annuaire santé : il n’existe aucune fiche officielle pour les vérifier.
Le documentaire revient sur le cas d’Ophenya. En 2023, l’influenceuse française, de son vrai nom Ophélie Vincent, réunissait près de 5 millions d’abonnés sur TikTok, en majorité des jeunes filles, et se posait en grande sœur à l’écoute ; la RTBF la décrit comme « à peine diplômée d’une licence en psychologie » [1]. Signalée à la Miviludes, l’organisme public de vigilance contre les dérives sectaires, elle a fait l’objet d’une enquête judiciaire, et son compte TikTok a été banni en novembre 2024 ; elle conteste les accusations de dérive sectaire [1]. Une licence de psychologie, à elle seule, ne donne pas le droit de porter le titre de psychologue [4].
81 185 psychologues en activité dans l’annuaire santé, aucun psychopraticien
Depuis 2024, les psychologues, comme toutes les professions auparavant enregistrées dans le répertoire ADELI des agences régionales de santé, ont basculé dans le RPPS, le répertoire partagé des professionnels de santé [7]. Chacun y reçoit un identifiant à 11 chiffres, consultable par tous sur annuaire.sante.fr, l’annuaire public de l’Agence du numérique en santé. Nous avons exploité l’extraction complète de cet annuaire publiée le 29 octobre 2026 [8]. Elle recense 120 619 psychologues autorisés à exercer, dont 81 185 déclarent au moins une activité : 51 994 comme salariés et 40 232 en libéral, certains cumulant les deux.
Le même fichier compte 18 612 psychothérapeutes en activité, dont 14 978 sont aussi psychologues, soit 8 sur 10. Côté médecins, 16 369 ont la psychiatrie pour spécialité et une activité déclarée, un chiffre proche des 16 200 psychiatres recensés par la DREES au 1er janvier 2026 [7]. On compte donc près de cinq psychologues en activité pour un psychiatre. Et parmi les 29 professions de l’annuaire, aucune ne s’appelle psychopraticien, coach ou thérapeute.


Vérifier un « psy » avant de lui confier sa santé mentale
La vérification est gratuite et ne demande aucun compte. Sur annuaire.sante.fr, on tape le nom d’exercice du praticien : la fiche affiche sa profession, son identifiant RPPS et ses lieux d’exercice déclarés [8]. Si aucune fiche n’apparaît, le plus simple est de lui demander son numéro RPPS, qu’un psychologue diplômé n’a aucune raison de taire.
| Titre affiché | Protégé ? | Ce que montre l’annuaire santé |
|---|---|---|
| Psychologue | Oui, loi de 1985 | Profession « Psychologue » et identifiant RPPS |
| Psychothérapeute | Oui, loi de 2004 | Profession « Psychothérapeute » et identifiant RPPS |
| Psychiatre | Oui, c’est un médecin | Profession « Médecin », spécialité psychiatrie |
| Psychopraticien, coach, thérapeute | Non | Aucune fiche |
Sur un réseau social, le réflexe est le même. Un compte qui se dit psychologue doit pouvoir être relié à un nom d’exercice présent dans l’annuaire ; un pseudonyme ou une « certification » délivrée par un organisme privé ne remplacent pas cette fiche. Pour un parent, la recherche prend deux minutes et peut se faire avec l’adolescent, devant l’écran.

Un diagnostic ne tient pas dans une vidéo de 30 secondes
Les experts consultés par The Guardian reprochent notamment aux vidéos de tout ramener à des règles universelles. Chaque vidéo sur le trauma suggère que tout le monde vit le stress post-traumatique de la même façon, avec des symptômes « faciles à expliquer dans une vidéo de 30 secondes », regrette la psychologue britannique Amber Johnston (traduction de la rédaction) [2]. Pour Bernadka Dubicka, du Collège royal des psychiatres britanniques, une maladie mentale ne se diagnostique qu’au terme d’une évaluation complète par un professionnel qualifié [2].
En France, la Miviludes observe le même glissement. Dans son rapport 2022-2024, la santé et le bien-être représentent 37 % des signalements qu’elle reçoit, sur 4 571 saisines en 2024, et elle relève, en santé mentale, des conseils de remplacer thérapies et antidépresseurs prescrits par du développement personnel [9]. Elle décrit les risques d’emprise d’un pseudo-thérapeute : rupture avec l’entourage, exigences financières, retard de diagnostic [9].

Quand une vidéo laisse un adolescent, ou un adulte, avec des idées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, 24 heures sur 24 [10].
Sources et références
[1] RTBF — Influenceurs et santé mentale sur TikTok : les dessous d'un business toxique, 29 octobre 2026
https://www.rtbf.be/article/influenceurs-et-sante-mentale-sur-tiktok-les-dessous-d-un-business-toxique-11806717
[2] The Guardian — More than half of top 100 mental health TikToks contain misinformation, study finds, 31 mai 2025
https://www.theguardian.com/society/2025/may/31/more-than-half-of-top-100-mental-health-tiktoks-contain-misinformation-study-finds
[3] Loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social, article 44 (Légifrance)
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000033678864
[4] Décret n° 90-255 du 22 mars 1990 fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue (Légifrance)
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000714886
[5] Code pénal, article 433-17, usurpation de titres (Légifrance)
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165374/?anchor=LEGIARTI000021342951
[6] Portail d'accompagnement des professionnels de santé Hauts-de-France (ARS) — Usage du titre de psychothérapeute
https://www.hauts-de-france.paps.sante.fr/usage-du-titre-de-psychotherapeute-2
[7] Santé Mentale — Démographie des professionnels de santé : 16 200 psychiatres au 1er janvier 2026 (données DREES), juillet 2026
https://www.santementale.fr/2026/07/demographie-des-professionnels-de-sante-16-200-psychiatres-au-1er-janvier-2026/
[8] Agence du numérique en santé — Annuaire Santé, extraction des données en libre accès des professionnels (RPPS), fichier du 29 octobre 2026, calcul Dr Bellanger
https://www.data.gouv.fr/datasets/annuaire-sante-extractions-des-donnees-en-libre-acces-des-professionnels-intervenant-dans-le-systeme-de-sante-rpps
[9] Santé Mentale — Dérives sectaires : la santé en tête des signalements (rapport d'activité 2022-2024 de la Miviludes), avril 2025
https://www.santementale.fr/2025/04/les-derives-sectaires-en-sante-sujet-de-preoccupation-majeur/
[10] 3114 — Numéro national de prévention du suicide
https://3114.fr/






