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Un patient sur quatre qui consulte un dermatologue pour son psoriasis a des plaques génitales que personne n’a jamais examinées, alors qu’il les sait là

Le psoriasis génital touche une grande partie des personnes qui ont un psoriasis, mais la honte les retient d'en parler, jusque dans le cabinet du dermatologue. Une étude française montre qu'un patient sur quatre venu consulter pour son psoriasis a des plaques génitales que personne n'a jamais examinées. Crèmes adaptées, traitements généraux et biothérapies peuvent pourtant les faire disparaître.

Relu par Antoine BOUQUET
Le soir dans une salle de bain, un homme torse nu, une serviette autour de la taille, assis au bord de la baignoire, tient un tube de crème ouvert ; des plaques rouges de psoriasis marquent son coude et son genou.
Assis au bord de la baignoire, un homme regarde le tube de crème qu'il n'ose pas appliquer, des plaques de psoriasis sur le coude et le genou. En France, un patient sur quatre venu consulter pour son psoriasis a des plaques génitales que personne n'a jamais examinées. Image d'illustration.

Les coudes, les genoux, le cuir chevelu : ce sont les plaques du psoriasis que l’on montre au médecin. Celles qui apparaissent sur le pubis, la vulve, le pénis ou le scrotum restent souvent cachées. À l’occasion de la Journée mondiale du psoriasis, le 29 octobre, l’association belge Psoriasis-Contact et le laboratoire AbbVie ont lancé en Belgique « C’est la gêne », une campagne qui veut lever ce tabou [2]. « J’observe que la honte fait souvent plus de dégâts que la douleur elle-même », résume la sexologue belge Laurane Wattecamps [1]. En France, une étude menée par des dermatologues donne la mesure du problème : même dans leur cabinet, la plupart des patients concernés n’avaient jamais montré cette zone [3].

Psoriasis génital : un patient sur quatre a des plaques que personne n’a examinées

L’étude GENIPSO, menée par des dermatologues hospitaliers et libéraux et publiée en 2019 dans le British Journal of Dermatology, a inclus 776 patients venus consulter pour un psoriasis situé ailleurs sur le corps. Parmi eux, 335, soit 43,2 %, avaient aussi une atteinte génitale. Tous savaient que ces plaques étaient là. Mais seuls 135 d’entre eux, 40 %, déclaraient avoir déjà été examinés à cet endroit [3].

Ramené à 100 patients, cela donne une image simple : 26 sur 100 avaient des plaques génitales jamais examinées, soit un sur quatre, alors qu’ils étaient déjà assis face à un spécialiste de la peau pour leur psoriasis. L’obstacle n’est donc pas seulement l’accès au dermatologue, mais le moment où il faudrait dire « il y en a aussi là ».

La fréquence varie selon les études. Une revue de la littérature publiée en 2018 retrouve une atteinte génitale chez 33 à 63 % des patients à un moment de leur maladie [5], et l’association France Psoriasis retient le chiffre de 46,5 % [7]. Le psoriasis génital est rarement isolé : chez l’homme comme chez la femme, il s’accompagne le plus souvent de plaques ailleurs sur le corps [7][8]. Et comme sur le reste de la peau, il n’est pas contagieux [7].

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Infographie Dr Bellanger : sur 100 patients venus voir un dermatologue pour leur psoriasis en France, 26 ont des plaques génitales jamais examinées, 17 des plaques déjà examinées et 57 n'ont pas d'atteinte génitale ; zone génitale blanchie ou presque chez 73 % des patients sous ixékizumab contre 8 % sous placebo à 12 semaines, et 39,6 % sous aprémilast contre 19,5 % sous placebo à 16 semaines ; parcours de soins en trois étapes.
Sur 100 patients qui consultent un dermatologue pour leur psoriasis, 26 ont des plaques génitales que personne n’a jamais examinées ; deux essais montrent que cette zone peut être traitée. Infographie : Dr Bellanger, d’après l’étude GENIPSO, les essais IXORA-Q et DISCREET, la Société française de dermatologie et la HAS.

La gêne, la peur d’une IST et le couple ferment la conversation

Ce silence a été mesuré ailleurs. Aux Pays-Bas, parmi 277 patients atteints de psoriasis génital, 45,8 % n’en avaient jamais parlé à leur médecin et 67,8 % n’avaient jamais appliqué le moindre traitement sur ces lésions [4]. Dermatologue au Centre hospitalier de Luxembourg, Florence Bourlond voit chez ses patients « la peur du regard de l’autre », jusqu’à des « difficultés à en parler à leur partenaire » [1].

La confusion entretient la gêne. Démangeaisons, rougeurs, brûlures ou douleurs peuvent faire penser à une irritation, à une mycose ou à une infection sexuellement transmissible [2]. Dans les plis et sur le pénis non circoncis, la plaque perd souvent ses squames habituelles à cause de l’humidité et se résume à une rougeur bien limitée [7][8]. Le dermatologue fait en général la différence à l’œil ; en cas de doute, un prélèvement ou une biopsie tranche [7][8]. En Belgique, il faut en moyenne deux ans et demi pour poser le diagnostic, selon la campagne [2].

Le poids sur la vie intime est lourd. Dans une enquête publiée en 2026 auprès des patients d’un registre allemand, cosignée par des salariés d’AbbVie, 60,5 % des patients atteints de psoriasis génital décrivaient une gêne dans leur vie sexuelle au cours du dernier mois, et 40,7 % disaient avoir systématiquement évité les rapports la semaine précédente [6]. En France, une enquête de France Psoriasis menée en 2020 auprès de 1 409 patients, quelle que soit la localisation des plaques, relevait 41 % de troubles sexuels liés au psoriasis, et 81 % de ces patients n’en avaient jamais parlé à leur médecin [9].

Dans une chambre faiblement éclairée, une femme en pyjama assise sur le lit, les bras autour des genoux, regarde vers la fenêtre tandis que son compagnon tend la main vers son épaule.
Le soir, dans une chambre, une femme se tourne vers la fenêtre pendant que son compagnon tend la main vers elle : dans une enquête allemande, 40,7 % des patients atteints de psoriasis génital avaient systématiquement évité les rapports la semaine précédente.
Un homme barbu et pensif, la main au cou, dans une salle de bain moderne.

Des crèmes choisies pour une peau plus fine

Le traitement commence presque toujours par des crèmes à la cortisone (dermocorticoïdes), mais pas n’importe lesquelles. Dans les plis, la peau absorbe davantage le produit parce qu’elle est humide et couverte : le dermatologue choisit alors une cortisone faible à modérée. Sur les zones pileuses, comme le pubis, où la peau est plus épaisse, il peut prescrire une cortisone forte [7]. Chez la femme, ces crèmes peuvent être utilisées longtemps avec une bonne tolérance locale, comme dans d’autres maladies inflammatoires de la vulve [7].

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Les dérivés de la vitamine D, en gel, conviennent aux zones pileuses mais irritent les muqueuses [7]. Les crèmes et lotions sont préférées aux pommades, qui entretiennent la macération [7][8]. Les dermatologues interrogés par France Psoriasis ajoutent des gestes simples : un savon surgras ou un syndet, un séchage en tamponnant, voire au sèche-cheveux, des sous-vêtements en coton et des pantalons peu serrés, car le frottement entretient les plaques [7][8].

Quand les crèmes ne suffisent pas, l’atteinte génitale compte dans la sévérité

Pendant longtemps, une atteinte génitale isolée ne justifiait pas de traitement par comprimés ou injections : c’est encore ce qu’indique la fiche consacrée à l’homme sur le site de France Psoriasis [8]. Les recommandations de la Société française de dermatologie publiées en 2019 ont ouvert cette porte : un traitement général, photothérapie comprise, peut être proposé quand un psoriasis localisé n’est pas contrôlé par les crèmes et entraîne une gêne ou une détresse importante, notamment sur les zones à fort retentissement que sont les organes génitaux, les paumes et les plantes, le cuir chevelu, le visage et les plis [10]. Pendant les séances de photothérapie, ces mêmes recommandations demandent de protéger la région génitale [10]. La campagne belge rappelle de son côté que, selon les recommandations européennes, une atteinte génitale suffit à classer la maladie comme modérée à sévère [2].

Le premier traitement général reste le méthotrexate, avec la ciclosporine et l’acitrétine comme autres options. Depuis 2022, la Haute Autorité de santé place les biothérapies en deuxième ligne : elles peuvent être prescrites après l’échec, l’intolérance ou la contre-indication d’un seul de ces traitements classiques, et non plus de deux comme auparavant. La sévérité s’apprécie aussi au regard de l’impact sur la qualité de vie et du retentissement psychosocial [11]. Des plaques génitales qui empêchent d’avoir des rapports peuvent donc peser dans cette évaluation.

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Dans les essais, la zone génitale peut redevenir nette

Peu de traitements ont été testés spécifiquement sur cette localisation. Dans l’essai IXORA-Q, financé par le laboratoire Lilly, 149 patients atteints de psoriasis génital modéré à sévère ont reçu de l’ixékizumab, une biothérapie injectable, ou un placebo. Après 12 semaines, la zone génitale était blanchie ou presque chez 73 % des patients traités, contre 8 % sous placebo, et les démangeaisons nettement soulagées chez 60 % contre 8 % [12].

L’essai DISCREET, financé par Amgen, a évalué l’aprémilast, un traitement en comprimés, chez 289 patients. À 16 semaines, la zone génitale était blanchie ou presque, avec une nette amélioration, chez 39,6 % des patients traités, contre 19,5 % sous placebo ; diarrhées, maux de tête et nausées figuraient parmi les effets indésirables les plus fréquents [13]. Ces deux essais ne se comparent pas entre eux : les patients, les critères et les durées diffèrent. Ils montrent surtout que la zone génitale répond à des médicaments déjà utilisés contre le psoriasis du reste du corps.

Gros plan sur une femme appliquant délicatement une crème sur le contour de son œil droit.

« Il est important que les patients sachent que les atteintes génitales liées au psoriasis font pleinement partie du champ de la dermatologie et qu’ils peuvent en parler à leur médecin sans gêne », insiste Florence Bourlond [1]. Le premier conseil des dermatologues de France Psoriasis va dans le même sens : oser en parler à son médecin traitant et à son dermatologue [7]. L’association tient aussi une permanence téléphonique pour les patients qui ont besoin d’en parler [9].

Sources et références

[1] L'essentiel — Santé au Luxembourg : par « honte », ils cachent leur psoriasis génital… et leur douleur, 29 octobre 2026
https://www.lessentiel.lu/fr/story/sante-au-luxembourg-par-honte-ils-cachent-leur-psoriasis-genital-et-leur-douleur-103657269

[2] La Libre (Belga) — Journée mondiale du psoriasis : une campagne pour briser le tabou sur l'atteinte génitale, 25 octobre 2026
https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/2026/10/25/journee-mondiale-du-psoriasis-une-campagne-pour-briser-le-tabou-sur-latteinte-genitale-6PPQLWTB65GILDDIC3C4M4ARJI/

[3] Larsabal M et al. — GENIPSO: a French prospective study assessing instantaneous prevalence, clinical features and impact on quality of life of genital psoriasis among patients consulting for psoriasis, Br J Dermatol, 2019;180(3):647-656
https://doi.org/10.1111/bjd.17147

[4] Meeuwis KA et al. — Patients' experience of psoriasis in the genital area, Dermatology, 2012;224(3):271-276
https://doi.org/10.1159/000338858

[5] Meeuwis KAP et al. — Prevalence of genital psoriasis in patients with psoriasis, J Dermatolog Treat, 2018;29(8):754-760
https://doi.org/10.1080/09546634.2018.1453125

[6] Janke TM et al. — Prevalence of Genital Psoriasis and Its Impact on Patients' Sexual Life in Routine Care: Epidemiologic Survey in Germany, Psoriasis (Auckl), 2026
https://doi.org/10.2147/PTT.S516803

[7] France Psoriasis — Fiche conseil : psoriasis génital chez la femme (Dr Sandra Ly)
https://francepsoriasis.org/lassociation/documentation/fiches-conseil/psoriasis-genital-chez-la-femme/

[8] France Psoriasis — Fiche conseil : psoriasis génital chez l'homme (Dr Jean-Noël Dauendorffer)
https://francepsoriasis.org/lassociation/documentation/fiches-conseil/psoriasis-genital-homme/

[9] France Psoriasis — L'impact majeur du psoriasis sur l'intimité dévoilé par une enquête inédite, juillet 2021
https://francepsoriasis.org/actualites/limpact-majeur-du-psoriasis-sur-lintimite-devoile-par-une-enquete-inedite/

[10] Amatore F et al. (Groupe de recherche sur le psoriasis de la Société française de dermatologie) — French guidelines on the use of systemic treatments for moderate-to-severe psoriasis in adults, JEADV, 2019;33(3):464-483
https://doi.org/10.1111/jdv.15340

[11] Haute Autorité de santé, Commission de la transparence — Réévaluation des biothérapies dans le psoriasis en plaques de l'adulte, avis du 11 juillet 2022
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-10/reevaluation_mdtsbiologiques_psoriasis_psobioteq2_pic_avisdef_modifiele30092022_cteval544.pdf

[12] Ryan C et al. — Efficacy and safety of ixekizumab in a randomized, double-blinded, placebo-controlled phase IIIb study of patients with moderate-to-severe genital psoriasis, Br J Dermatol, 2018;179(4):844-852
https://doi.org/10.1111/bjd.16736

[13] Merola JF et al. — Efficacy and safety of apremilast in patients with moderate-to-severe genital psoriasis: Results from DISCREET, J Am Acad Dermatol, 2024;90(3):485-493
https://doi.org/10.1016/j.jaad.2023.10.020

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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