Le lien entre aphantasie et autisme vous intrigue ? Les études ne vont pas toutes dans le même sens.
On fait le point pour comprendre ce lien sans le caricaturer.
Aphantasie et autisme, comprendre une imagerie mentale réduite
Imaginez une pomme. Vous en connaissez la forme, la couleur et le goût. Pourtant, vous ne la voyez pas vraiment dans votre tête. Pour une partie des personnes, l’imagination fonctionne ainsi. L’aphantasie désigne une imagerie mentale visuelle très faible, voire absente.
L’imagerie mentale se déploie en continuum. D’un côté, certaines personnes ne visualisent presque rien. De l’autre, l’hyperphantasie produit des images très nettes, parfois proches d’une perception réelle. La plupart des gens se situent entre ces deux pôles.
Vous pourriez remarquer certaines particularités. Il est difficile de vous représenter précisément les traits d’un proche, ou de le faire apparaître en pensée quand il est absent. Vos souvenirs ressemblent aussi davantage à des faits connus qu’à des scènes que vous revivez.
Pour explorer votre propre fonctionnement, le questionnaire VVIQ demande de noter la netteté de plusieurs scènes imaginées. Un score très bas peut évoquer une aphantasie, mais ce test ne remplace pas un diagnostic médical.
Avoir une aphantasie n’est pas, en soi, un trouble. Elle peut accompagner une personne depuis l’enfance. Elle n’empêche ni d’étudier, ni de travailler, ni d’aimer, ni de créer.
Attention : si cette particularité apparaît brutalement après un accident, un accident vasculaire cérébral ou une difficulté psychologique, consultez un médecin.
Le lien entre aphantasie et autisme varie selon les études

Un lien entre aphantasie et autisme est envisagé. Mais il ne permet pas de conclure qu’une personne est autiste parce qu’elle ne visualise pas. Les deux particularités peuvent se rencontrer, sans se confondre.
Les trois études citées ne vont pas toutes dans le même sens :
- Étude 1 : 118 personnes aphantasiques et 118 témoins. Davantage de traits autistiques dans le groupe aphantasique, surtout pour l’imagination et les compétences sociales.
- Étude 2, publiée en 2024 : 74 adultes autistes et 47 adultes non autistes, soit 121 adultes au total. 20 % de scores aphantasiques chez les autistes, contre 6 % dans l’autre groupe.
- Étude 3 : 85 adultes, dont 43 autistes. Pas davantage d’aphantasie dans le groupe autiste ; six participants sous le seuil, trois dans chaque groupe.
Ces résultats ne disent pas que les participants aphantasiques étaient autistes. Le questionnaire mesurait seulement des traits. Un diagnostic d’autisme, lui, repose sur une évaluation clinique bien plus large. Elle regarde le développement et le fonctionnement au quotidien.
En résumé, l’autisme peut aller de pair avec une imagerie moins vive chez certaines personnes. Ce n’est pas une règle. Un test d’imagerie ne remplace jamais une évaluation de l’autisme.
La fréquence de l’aphantasie varie selon les critères retenus
Tout dépend de la définition choisie. Certains chercheurs ne retiennent que l’absence totale d’image. D’autres y incluent les images vagues ou très faibles. Les chiffres ne mesurent donc pas toujours la même expérience.
Le VVIQ comporte 16 questions, notées de l’absence d’image à une image aussi nette que la vision réelle. Un score de 16 correspond à une absence totale d’imagerie. Un score de 17 à 32 regroupe les images absentes, vagues ou sombres.
- Absence totale, score de 16 : environ 0,7 à 0,8 %
- Absence ou imagerie vague, score de 16 à 32 : environ 3,6 à 3,9 %
- Ensemble des études utilisant le VVIQ : environ 3,5 %
- Déclaration personnelle sans questionnaire complémentaire : jusqu’à 8,9 %
Vous pouvez vous reconnaître dans le mot « aphantasie » sans atteindre le seuil fixé par une étude. Les consignes, l’âge et la compréhension des questions comptent. La façon de décrire son expérience aussi.
Les études citées plus haut ne permettent pas d’établir une fréquence fiable de l’aphantasie chez les personnes autistes. Leurs résultats varient selon les échantillons et les critères employés.
L’aphantasie modifie parfois le souvenir sans empêcher de créer
L’aphantasie ne touche pas la mémoire en général. Elle peut surtout modifier la façon dont vous vous rappelez vos expériences personnelles, sans empêcher d’autres formes de mémoire.
Pour autant, elle n’empêche ni d’étudier, ni de travailler, ni d’aimer, ni de créer.
Vous pouvez vous appuyer sur des ressources extérieures :
- le langage et vos connaissances
- les gestes
- des croquis et des photos
- les corrections visibles sur le support

La création ne passe pas forcément par une image dans la tête. Un dessin peut naître d’essais et d’observations. Il prend forme sous vos yeux. L’imagination s’exerce alors par l’action.
Si votre expérience vous gêne dans vos souvenirs, votre sens de l’orientation, la reconnaissance des visages ou votre quotidien, notez les situations concrètes qui posent problème. Un descriptif précis aidera bien plus un professionnel qu’un simple score de questionnaire.
Retenez surtout que l’aphantasie décrit une manière de se représenter les choses, pas une étiquette à coller sur une personne. Si l’autisme vous interroge, c’est une évaluation clinique, plus large, qu’il faut demander à un professionnel, et non un test d’imagerie.






