Une oreille qui coule ou qui entend moins bien depuis des semaines, ça use.
L’otite chronique adulte n’a rien d’un petit rhume d’oreille. Ici, on fait le point : ce qui se passe, pourquoi elle revient et comment on la soigne.
Quand faut-il consulter ?
Une otite chronique ne se règle pas toute seule. Si un écoulement persiste ou revient, ou si votre audition baisse, consultez rapidement votre médecin traitant ou un ORL.
Dans l’otite moyenne chronique suppurée, la douleur n’est pas toujours présente. Alors, ne vous fiez pas uniquement à ce que vous ressentez.
Consultez rapidement votre médecin traitant ou un ORL si vous remarquez :
- Un écoulement qui dure : du pus, un liquide épais, clair ou malodorant sort de l’oreille.
- Une baisse d’audition : vous entendez moins bien d’un côté, parfois depuis plusieurs semaines.
- Un tympan perforé déjà connu : l’oreille coule après une douche, un bain ou une baignade.
- Des épisodes répétés : les symptômes reviennent malgré les gouttes ou les traitements prescrits.
- Des acouphènes ou une pression : bourdonnement, oreille bouchée ou craquements s’installent.
- Des démangeaisons durables : le conduit gratte, pèle ou laisse couler un liquide clair.
- Un traitement inefficace : les symptômes persistent ou reviennent après la fin des soins.
Une oreille qui coule ne se surveille pas indéfiniment à la maison. Le médecin doit :
- vérifier le tympan ;
- rechercher une perforation ;
- écarter un cholestéatome, c’est-à-dire une poche de peau qui peut abîmer les structures de l’oreille.
Attention : appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, si l’otite s’accompagne d’une forte fièvre. Il faut aussi agir vite en cas de confusion, de convulsions ou d’altération importante de l’état général.
Une consultation urgente s’impose aussi en cas de :
- vertiges intenses ;
- paralysie d’un côté du visage ;
- douleur très forte ;
- gonflement derrière l’oreille ;
- maux de tête inhabituels.
Ces signes peuvent traduire une complication. Elle dépasse largement le simple conduit auditif.
En attendant le rendez-vous, trois gestes limitent les risques :
- Gardez l’oreille sèche et n’introduisez rien dans le conduit. Un coton-tige irrite la peau, pousse les sécrétions vers le fond ou blesse un tympan déjà fragile.
- Sous la douche, un coton enduit de vaseline, placé à l’entrée du conduit sans l’enfoncer, protège l’oreille. Évitez la baignade jusqu’à l’examen, sauf consigne contraire de votre ORL.
- Les anciennes gouttes retrouvées dans l’armoire sont à écarter. Certaines deviennent inadaptées lorsque le tympan est perforé, et le traitement dépend de la forme exacte de l’otite.
Qu’est-ce qu’une otite chronique ?
L’otite chronique désigne une inflammation ou une infection de l’oreille. Elle dure plusieurs semaines ou plusieurs mois, ou revient souvent. Chez l’adulte, elle touche surtout l’oreille moyenne ou le conduit auditif externe.
Le mot « chronique » ne veut pas dire infection permanente. Il décrit une évolution longue. L’inflammation entretient les symptômes, ou les épisodes se répètent.
L’otite moyenne chronique suppurée
L’oreille moyenne se cache derrière le tympan. Elle abrite trois petits os, les osselets. Ils transmettent les vibrations vers l’oreille interne, un peu comme des relais qui acheminent le son jusqu’au cerveau.
Dans l’otite moyenne chronique suppurée, le tympan présente souvent une perforation durable. L’oreille laisse s’écouler des sécrétions. Le terme « suppurée » signifie que cet écoulement contient du pus.
Cette forme peut durer plus de trois mois. Certains spécialistes parlent aussi d’otorrhée, c’est-à-dire d’un écoulement de l’oreille qui persiste malgré les soins.
La douleur n’est pas toujours là. Une oreille qui coule sans faire mal peut donc cacher une inflammation active, une atteinte des osselets ou une autre maladie de l’oreille moyenne.
L’otite externe chronique
L’otite externe chronique touche la peau du conduit auditif, ce petit tunnel qui relie l’extérieur au tympan. Elle provoque surtout des démangeaisons et ressemble souvent à un eczéma.
Elle provoque surtout des démangeaisons, une peau rouge ou qui pèle, un écoulement clair et parfois des fissures. Une infection secondaire peut alors ajouter une douleur importante.
L’otite séreuse
L’otite séreuse, aussi appelée otite moyenne avec épanchement, correspond à du liquide derrière le tympan. Il n’y a pas d’infection aiguë à ce stade. Vous pouvez ressentir une pression ou avoir l’oreille bouchée, sans fièvre et avec peu de douleur.
Ce liquide apparaît quand la trompe d’Eustache fonctionne mal. Ce petit conduit relie l’oreille moyenne à l’arrière du nez. Il aide à équilibrer les pressions, comme une valve qui s’ouvre quand vous avalez.
Une otite séreuse n’est pas une otite moyenne chronique suppurée. Les deux se distinguent ainsi :
- Otite séreuse : liquide souvent stérile derrière un tympan fermé.
- Otite moyenne chronique suppurée : perforation et écoulement infecté, parfois ensemble.
Chez l’adulte qui présente une otite séreuse persistante, l’ORL examine aussi le rhinopharynx, surtout si le liquide reste d’un seul côté. Il cherche ce qui bloque la trompe d’Eustache.
Pourquoi l’otite persiste-t-elle ou revient-elle ?
Une otite chronique commence souvent par une otite aiguë qui ne guérit pas tout à fait. L’inflammation fragilise le tympan. Il peut rester perforé et laisser entrer bactéries et eau.
Un rhume ou une angine peut relancer les symptômes. Le nez gonfle, la trompe d’Eustache s’ouvre moins bien, et la pression s’installe derrière le tympan.
Plusieurs facteurs peuvent entretenir le problème. Certains touchent l’oreille moyenne, d’autres le conduit.
Les facteurs liés à l’oreille moyenne et au nez
- Perforation du tympan : le trou empêche la barrière naturelle de jouer son rôle et facilite l’entrée de l’eau ou des microbes.
- Trompe d’Eustache bouchée : une inflammation du nez ou du rhinopharynx perturbe la ventilation de l’oreille moyenne.
- Rhinite allergique : le nez reste enflammé, ce qui gêne l’équilibre des pressions.
- Sinusite ou rhinopharyngite répétée : les sécrétions et l’inflammation peuvent atteindre la zone qui ventile l’oreille.
- Eau dans l’oreille : elle traverse parfois une perforation et déclenche une nouvelle poussée.
- Tabac ou irritation du rhinopharynx : ces facteurs aggravent une inflammation locale et justifient parfois un bilan plus large.
Les facteurs liés au conduit et à la peau
- Coton-tige ou objet introduit dans le conduit : les frottements créent de petites blessures et irritent la peau.
- Appareil auditif : il peut entretenir une irritation du conduit lorsqu’une otite externe chronique est déjà installée.
- Bijoux ou cosmétiques : le nickel, les sprays, les lotions ou les colorations peuvent provoquer une dermatite de contact.
- Maladie de peau : l’eczéma, le psoriasis ou la dermatite séborrhéique peuvent toucher la peau de l’oreille.
Des mécanismes qui entretiennent le problème
L’eau ne présente pas de danger pour une oreille saine. Mais si le tympan est perforé, elle peut passer par le trou et atteindre l’oreille moyenne.

Le coton-tige donne parfois l’impression de mieux nettoyer. En réalité, il retire le film protecteur du conduit et repousse le cérumen. Ces petits traumatismes entretiennent l’inflammation.
Une otite externe chronique peut venir d’une allergie de contact. Des boucles d’oreilles au nickel, un produit capillaire ou une crème peuvent provoquer des démangeaisons répétées.
Le conduit auditif ressemble à une peau très fine logée dans un tunnel étroit. Grattée, mouillée ou irritée chaque jour, elle cicatrise mal et reste enflammée.
Une perforation ancienne peut aussi modifier l’audition. Si l’inflammation abîme les osselets, le son se transmet moins bien vers l’oreille interne. C’est une surdité de transmission.
Une otite qui revient toujours du même côté doit alerter, tout comme une odeur forte, une baisse d’audition ou un écoulement durable. L’ORL recherche alors une cause locale, notamment un cholestéatome.
Le cholestéatome
Le cholestéatome est une autre cause de persistance. Cette poche de peau se développe dans l’oreille moyenne, derrière le tympan.
Ce n’est pas un cancer, mais un cholestéatome peut éroder les osselets et les structures osseuses voisines. Il peut aussi atteindre l’oreille interne ou le nerf facial. Plus rarement, il s’étend aux structures voisines du cerveau.
Quels symptômes et quelles formes peut-on reconnaître ?
Les symptômes varient selon la zone atteinte. Une douleur vive au toucher évoque plutôt le conduit externe. Une baisse d’audition avec écoulement renvoie davantage à l’oreille moyenne.
L’otite moyenne chronique suppurée
Elle associe généralement un écoulement persistant et une baisse de l’audition. Le liquide peut être épais, jaunâtre, purulent ou très malodorant.
La douleur reste souvent modérée ou absente. Elle apparaît davantage quand une complication s’installe. C’est le cas par exemple d’une atteinte de l’os temporal ou d’une infection plus profonde.
Vous pouvez aussi remarquer :
- une oreille humide au réveil ou des sécrétions sur l’oreiller
- une sensation d’oreille bouchée
- des acouphènes
- une gêne pour suivre une conversation
- une baisse d’audition qui s’installe progressivement
- un polype, c’est-à-dire une petite excroissance visible dans le conduit
- une odeur inhabituelle venant de l’oreille
Une perforation peut rester discrète. Elle ne provoque pas forcément de douleur. Elle peut passer inaperçue sans examen adapté, surtout quand des sécrétions masquent le tympan.
L’otite moyenne séreuse
Elle donne surtout une sensation de pression ou d’oreille bouchée. Vous pouvez entendre des craquements en avalant ou en bâillant.
Une baisse d’audition peut accompagner l’otite séreuse. Les voix paraissent lointaines. Le téléphone devient moins confortable, et vous montez le volume de la télévision.
La douleur et la fièvre sont rares dans l’otite séreuse. Le liquide derrière le tympan est généralement stérile et non infecté, même si l’otite fait suite à une infection récente.
L’otite externe chronique
Elle concerne la peau du conduit auditif. Le signe le plus évocateur est souvent le prurit. C’est cette envie persistante de gratter l’intérieur de l’oreille.
La peau peut devenir rouge, sèche, squameuse ou plus foncée. De petites fissures apparaissent parfois. C’est fréquent si vous grattez ou utilisez souvent des cotons-tiges.
Un liquide clair peut s’écouler. Si des bactéries profitent des lésions, la douleur augmente. Le conduit gonfle, et l’audition baisse car le passage se rétrécit.
Dans une otite externe aiguë, tirer sur le pavillon ou appuyer sur le tragus, petit relief situé devant le conduit, peut réveiller la douleur. Ce signe ne suffit pas à lui seul pour poser le diagnostic.
Le cholestéatome
Il peut se manifester par une oreille qui coule et une baisse d’audition. Une odeur forte ou des épisodes répétés malgré les traitements sont aussi fréquents. La douleur peut manquer au début.
Cette lésion ressemble à une poche de peau installée derrière le tympan. Elle peut peu à peu éroder les osselets et les structures osseuses voisines.
Des vertiges, une paralysie faciale, une douleur inhabituelle ou une fièvre renforcent l’urgence. Dans ce contexte, attendez-vous à un examen ORL et souvent à une imagerie.
Comment le diagnostic est-il posé et comment se soigne l’otite chronique ?
Le bilan diagnostique
Le diagnostic commence par un échange précis. Votre médecin veut savoir depuis quand les symptômes durent. Il demande si l’écoulement revient et si l’oreille a déjà été opérée. Il veut aussi connaître les traitements que vous avez essayés.
Il examine ensuite les deux oreilles avec un otoscope, un petit instrument qui éclaire le conduit et le tympan. Cet examen permet de repérer :
- une perforation du tympan
- du liquide derrière le tympan
- une inflammation
- une masse
L’ORL peut utiliser un microscope ou une caméra pour mieux voir le fond du conduit. Il peut aussi retirer délicatement les sécrétions, afin d’examiner le tympan dans de bonnes conditions.

Un test auditif mesure la perte d’audition. Il distingue deux cas. Dans le premier, le problème vient du tympan ou des osselets. Dans le second, il touche l’oreille interne.
Une tympanométrie évalue la mobilité du tympan et la pression dans l’oreille moyenne. Un tympan peu mobile oriente vers un liquide persistant ou un problème de ventilation.
Le médecin peut prélever l’écoulement pour identifier les bactéries. C’est surtout utile quand l’infection revient ou que le premier traitement n’a rien donné. Le résultat aide à choisir les bonnes gouttes ou le bon antibiotique.
Un scanner examine finement les os de l’oreille. Il aide à rechercher un cholestéatome, une atteinte des osselets ou une extension de l’inflammation.
Une IRM peut compléter le bilan. Elle sert quand l’ORL veut mieux voir les tissus mous, ou savoir si l’infection s’étend autour de l’oreille.
Le traitement dépend donc de la forme diagnostiquée. Une même goutte ne soigne pas une otite moyenne chronique suppurée, un eczéma du conduit et un liquide stérile derrière le tympan.
Traiter l’otite moyenne chronique suppurée
Pour cette forme, le médecin commence généralement par nettoyer le conduit. Il prescrit ensuite des gouttes auriculaires antibiotiques adaptées. Le nettoyage permet aux gouttes d’atteindre la zone malade.
Une poussée sévère d’otite moyenne chronique suppurée peut demander un antibiotique par voie orale. La décision se prend au cas par cas, selon l’examen, la gravité et parfois le résultat du prélèvement.
Quand le tympan est perforé, gardez l’oreille sèche pendant les soins. Évitez les bains, la natation et l’eau qui entre directement dans le conduit. Suivez toutefois l’avis précis de votre ORL.
Une tympanoplastie peut réparer une perforation durable du tympan. Le chirurgien peut aussi reconstruire les osselets s’ils ont été abîmés par l’inflammation.
Traiter le cholestéatome
Le cholestéatome doit être retiré chirurgicalement. L’intervention vise à enlever la lésion et à assainir l’oreille. Si nécessaire, elle permet aussi de reconstruire le tympan ou la chaîne des osselets.
Le suivi compte beaucoup après la chirurgie, car le cholestéatome peut revenir. L’ORL peut prévoir un contrôle, voire une seconde intervention, avant de reconstruire complètement l’audition.
Traiter l’otite séreuse
Pour une otite séreuse, la surveillance suffit souvent au début. Les antibiotiques et les décongestionnants ne traitent pas le liquide, généralement stérile, derrière le tympan.
Si l’épanchement dure plus de trois mois ou entraîne une baisse d’audition persistante, l’ORL peut proposer une paracentèse. Il s’agit d’une petite ouverture du tympan pour aspirer le liquide.
Un aérateur transtympanique, souvent appelé « yoyo », peut être placé dans cette ouverture. Ce petit tube laisse entrer l’air et aide l’oreille moyenne à retrouver une ventilation correcte.
Une rhinite allergique clairement identifiée peut recevoir un traitement adapté. L’inflammation du nez peut gêner le fonctionnement de la trompe d’Eustache. Le traitement reste personnalisé.
Traiter l’otite externe chronique
Ici, la priorité consiste à supprimer l’irritant. Vous devrez parfois arrêter les cotons-tiges, protéger votre oreille de l’eau ou retirer temporairement un appareil auditif ou un bijou responsable.
Le médecin peut nettoyer le conduit et vous prescrire un traitement local anti-inflammatoire, souvent à base de corticoïde. En cas d’allergie de contact, des tests peuvent aider à trouver le produit en cause.
Ne grattez pas une oreille qui démange, même si le soulagement paraît immédiat. Le geste abîme la peau et entretient le cercle irritation, démangeaison, infection. Le conduit devient alors plus difficile à soigner.
Après le traitement
Une baisse d’audition persistante doit être contrôlée une fois les soins terminés. Une oreille asséchée peut continuer à mal entendre si le tympan ou les osselets ont été endommagés.
Une otite chronique mérite un bilan. Si l’écoulement dure, si l’audition baisse ou si les gouttes ne font plus effet, prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou un ORL. Demandez-lui de vérifier votre tympan et de chercher la cause de vos épisodes, afin d’obtenir un traitement adapté à votre forme d’otite.






