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La France ne respire pas l’air de New Delhi mais doit la majorité de ses particules fines à une habitude d’hiver installée dans nos salons : le feu de bois

Les particules fines ont atteint le 1er novembre à New Delhi plus de 13 fois le seuil quotidien de l'OMS, et la ville impose télétravail et restrictions de circulation. En France, bien moins exposée, les particules fines viennent d'abord du chauffage au bois des logements, à l'origine de 60 % des émissions, loin devant la voiture.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Dr Bellanger (1 min 01) : en France, la première source de particules fines n'est pas la voiture mais le chauffage au bois des logements, et les gestes utiles les jours de pic.
Sommaire

Mardi 3 novembre au matin, l’indice de qualité de l’air de New Delhi atteignait 331, dans la catégorie « très mauvais », et huit stations de mesure dépassaient 400, le niveau « sévère » [9]. Depuis le 1er novembre, la capitale indienne double ses tarifs de stationnement, impose le télétravail dans les bureaux publics et privés et ferme ses portes aux véhicules les plus polluants [8], [9]. Selon le ministère indien de l’Environnement, cité par l’AFP, les véhicules y causent 23 % de la pollution hivernale et le brûlage de matières organiques 20 % [8].

La France ne respire pas un air de cet ordre. En 2025, la concentration moyenne annuelle de particules fines PM2,5, ces particules en suspension de moins de 2,5 micromètres, allait de 4 à 13 microgrammes par mètre cube selon les stations de fond urbain, loin des pics indiens [4]. Le haut de cette fourchette représente pourtant 2,6 fois la valeur guide annuelle de l’OMS, fixée à 5 µg/m³ en 2021, selon notre calcul [4], [7]. Et c’est en hiver que l’air se charge : les trois épisodes de pollution aux particules d’ampleur nationale de 2025 sont survenus en janvier, en mars et en novembre [4].

En ce moment

Particules fines PM2,5 : le chauffage au bois, première source en France

D’après l’inventaire national publié en juin par le Citepa, l’organisme qui compte les émissions de polluants pour l’État, la France hexagonale a rejeté 167,5 milliers de tonnes de PM2,5 en 2024. Le bois brûlé dans les logements en a émis 100,8, soit 60 % du total [1], [2]. C’est 7 fois plus que tout le trafic routier, pots d’échappement et usure des freins et des pneus compris, qui en a rejeté 14,4, selon notre calcul sur les données du Citepa [2].

Ces émissions ont pourtant reculé de 58 % depuis 1990, grâce à des appareils plus performants et au recul des foyers ouverts [1]. Mais l’industrie et les transports ont réduit les leurs plus vite encore : la part du bois résidentiel est passée de 51 % des émissions nationales de PM2,5 en 1990 à 60 % en 2024 [1]. Pour 2025, l’estimation provisoire voit même la consommation de bois de chauffage ajouter un peu de particules, 0,4 millier de tonnes, compensé par la baisse d’autres secteurs [3].

Gros plan sur un index qui presse le bouton de test d'un détecteur de monoxyde de carbone rond et blanc, voyant rouge allumé, fixé au mur d'une cuisine ; derrière, une chaudière murale au gaz laisse voir ses flammes bleues.

Ces chiffres décrivent ce qui sort des cheminées et des pots d’échappement, pas toute la composition de l’air respiré. Une partie des particules se forme ensuite dans l’atmosphère, à partir de l’ammoniac des épandages agricoles ou des oxydes d’azote du trafic, et la part de chaque source varie d’une ville et d’une journée à l’autre [4]. Lors de l’épisode du 14 au 21 janvier 2025, par temps froid et sans vent, les analyses chimiques des particules ont montré le rôle important de la combustion du bois à Toulouse, Rennes et Lyon [4].

Infographie Dr Bellanger : émissions de particules fines PM2,5 en France hexagonale en 2024, 167,5 milliers de tonnes au total. Bois de chauffage des logements 100,8 kt, soit 60 % ; industrie et construction 22,4 kt, 13 % ; déchets et brûlages domestiques, eaux usées 15,4 kt, 9 % ; transport routier 14,4 kt, 9 % ; agriculture et sylviculture 9,0 kt, 5 % ; autres sources 5,7 kt, 3 %. Encadré : la cheminée à foyer ouvert émet l'équivalent de 81 % des particules fines de tout le trafic routier, 11,6 kt contre 14,4 kt, pour 11,5 % des émissions du bois de chauffage. Répartition par appareil : inserts à bûches 39 %, poêles à bûches 34 %, foyers ouverts 11,5 %, chaudières à bûches 9 %, cuisinières 5 %, granulés 1 %. En bas : 40 000 décès par an attribués aux PM2,5 en France, environ 110 par jour, d'après Santé publique France.
Le bois brûlé dans les logements a rejeté 7 fois plus de particules fines que tout le trafic routier en 2024, et les seules cheminées à foyer ouvert presque autant que les voitures et les camions. Infographie : Dr Bellanger, d’après le Citepa (Secten 2026) et Santé publique France ; calculs de la rédaction.

La cheminée à foyer ouvert pèse presque autant que tout le trafic routier

Tous les appareils ne se valent pas. En 2024, les inserts à bûches produisaient 39 % des particules fines du chauffage au bois et les poêles à bûches 34 %, les poêles et chaudières à granulés à peine 1 % [1]. Les cheminées à foyer ouvert, de moins en moins utilisées, en rejetaient encore 11,5 %, soit 11,6 milliers de tonnes : l’équivalent de 81 % des particules fines de tout le trafic routier, selon notre calcul [1], [2].

Beaucoup de ces feux ne font que compléter le chauffage principal. La direction régionale de l’environnement d’Auvergne-Rhône-Alpes recommande d’éviter le bois en appoint, un usage qui représente selon elle 60 % des émissions de ce mode de chauffage [14]. La loi Climat et résilience fixe l’objectif de diviser par deux, entre 2020 et 2030, les particules fines du chauffage au bois dans les zones couvertes par un plan de protection de l’atmosphère, en remplaçant les vieux poêles et cheminées par des appareils performants [1].

40 000 décès par an attribués aux particules fines en France

Santé publique France estime que l’exposition prolongée aux PM2,5 est responsable de près de 40 000 décès chaque année chez les personnes de 30 ans et plus, soit 7 % de la mortalité, et d’une perte d’espérance de vie d’environ 7,6 mois [5]. Rapporté à l’année, cela fait environ 110 décès par jour, selon notre calcul. L’estimation porte sur 2016-2019 et sur les particules de toutes origines humaines : elle ne se découpe pas par source. Elle était de 48 000 décès par an en 2007-2008 [5].

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Ce bilan porte sur l’air respiré jour après jour, pas seulement sur les journées de pic. Les particules fines favorisent aussi des maladies chroniques : si la France respectait la valeur guide de l’OMS, elle éviterait chaque année près de 30 000 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant, soit 15 % d’entre eux, 7 400 accidents vasculaires cérébraux et 3 000 cancers du poumon, selon une estimation de Santé publique France publiée en 2025 [6], [4].

Jour de pic de pollution : les gestes recommandés

En France, un épisode de pollution aux particules est déclaré sur les PM10, les particules de moins de 10 micromètres : seuil d’information à 50 µg/m³ en moyenne sur la journée, seuil d’alerte à 80 µg/m³ [4]. Il n’existe pas encore de seuil propre aux PM2,5. La nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air, que la France doit transposer au plus tard le 11 décembre 2026, en introduit pour les particules fines [4].

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Les jours de pic, le ministère de la Santé adresse ses conseils d’abord aux personnes vulnérables, femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants, plus de 65 ans, malades du cœur ou des poumons et asthmatiques, et à celles qui sentent leurs symptômes s’aggraver [10] :

  • privilégier des sorties plus brèves et qui demandent le moins d’effort ;
  • éviter les grands axes aux heures de pointe et préférer les activités modérées ;
  • demander à son médecin si un traitement doit être adapté, et consulter en cas de gêne respiratoire ou cardiaque ;
  • pour tout le monde, réduire voire reporter le sport intense, compétitions comprises.

Il ne faut pas pour autant calfeutrer son logement : le ministère recommande de garder ses habitudes d’aération, car l’air intérieur concentre ses propres polluants, en aérant de préférence aux heures les moins polluées [10]. La voiture ne protège pas non plus : le petit volume de l’habitacle concentre les polluants venus de l’extérieur [10]. Si l’épisode dure ou s’aggrave, la procédure d’alerte permet au préfet d’aller plus loin : en Île-de-France, il peut interdire aux particuliers d’utiliser leur chauffage individuel au bois ou des appareils de combustion de biomasse non performants [11].

Devant un poêle à bois en fonte dont la porte vitrée est ouverte, les mains d'une femme en pull de laine posent du petit bois sec et un allume-feu au sommet de bûches fendues, un panier de bûches en osier au premier plan.
Petit bois et allume-feu posés au-dessus des bûches : allumer le feu par le haut, avec du bois sec, est l’un des gestes que l’ADEME recommande pour réduire les particules rejetées par un poêle. Image d’illustration.

Pour ceux qui se chauffent au bois, la façon de faire le feu change beaucoup les rejets. Selon l’ADEME, l’agence de la transition écologique, des bûches sèches, à 23 % d’humidité au plus, améliorent le rendement de l’appareil jusqu’à 25 % et émettent jusqu’à 6 fois moins de particules qu’un bois humide [13]. L’agence conseille aussi des bûches fendues, peu d’écorce, jamais de bois traité, un foyer qui n’est pas surchargé et un allumage par le haut, petit bois et allume-feu posés au-dessus des bûches [12], [13].

Sources et références

[1] Citepa — Rapport Secten édition 2026 : émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques en France, 1990-2025, 16 juin 2026 (PM2,5, bois-énergie résidentiel, p. 347-348)
https://www.citepa.org/wp-content/uploads/2026/06/Citepa_Secten-2026.pdf

[2] Citepa — Série longue Secten édition 2026, données d'émissions par secteur (calculs de la rédaction sur les PM2,5, France hexagonale)
https://www.citepa.org/wp-content/uploads/2026/06/serie_longue_Citepa_Secten_ed_2026-d.xlsx

[3] Citepa — Rapport Secten 2026, messages clés, juin 2026
https://www.citepa.org/wp-content/uploads/2026/06/Note-Secten-juin-2026-d.pdf

[4] Ministère de la Transition écologique (SDES) — Bilan de la qualité de l'air extérieur en France en 2025, 14 octobre 2026
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-de-la-qualite-de-lair-exterieur-en-france-en-2025

[5] Santé publique France — Impact de la pollution de l'air ambiant sur la mortalité en France métropolitaine : nouvelles données sur le poids total pour la période 2016-2019, synthèse, avril 2021
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/398545_2021-synthese-eqis-pa-covid-19-bat-def.pdf

[6] Santé publique France — Estimation de la morbidité attribuable à l'exposition à long terme à la pollution de l'air ambiant et de ses impacts économiques en France hexagonale, 2016-2019, volume 1, janvier 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/810869_spf00005806.pdf

[7] Organisation mondiale de la santé — WHO global air quality guidelines: particulate matter (PM2.5 and PM10), ozone, nitrogen dioxide, sulfur dioxide and carbon monoxide, 22 septembre 2021
https://www.who.int/publications/i/item/9789240034228

[8] AFP, via TV5Monde — Nouvelles restrictions à Delhi pour lutter contre la pollution, 2 novembre 2026
https://information.tv5monde.com/international/nouvelles-restrictions-delhi-pour-lutter-contre-la-pollution-2844081

[9] Business Standard — Delhi's air quality worsens as AQI climbs to 331, Grap II curbs enforced, 3 novembre 2026
https://www.business-standard.com/india-news/delhi-s-air-quality-worsens-as-aqi-climbs-to-331-grap-ii-curbs-enforced-126110300111_1.html

[10] Ministère chargé de la Santé, via Santé.fr — Recommandations en cas d'épisode de pollution
https://www.sante.fr/recommandations-en-cas-depisode-de-pollution

[11] Préfecture de police — Pollution de l'air : les mesures et les obligations
https://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/prevention/nos-conseils/environnement/pollution-atmospherique/pollution-de-lair-les-mesures-et-les-obligations

[12] ADEME — Se chauffer au bois : les bons gestes pour moins consommer et moins polluer, 12 décembre 2025
https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/amenager-maison/chauffer/chauffage-bois-moins-consommer-moins-polluer

[13] ADEME — Comment bien se chauffer au bois ? Guide pratique
https://librairie.ademe.fr/ged/8931/guide-comment-bien-chauffer-bois.pdf

[14] DREAL Auvergne-Rhône-Alpes — Agir sur les appareils de chauffage domestique, mis à jour le 3 novembre 2025
https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/agir-sur-les-appareils-de-chauffage-domestique-a17973.html

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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