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Sur TikTok et Reddit, l’argument revient chaque automne avec une précision de laboratoire : tenir une semaine sans éjaculer ferait grimper la testostérone de près de moitié. Le reste du mois serait du bonus, en énergie, en confiance et en virilité. Une revue de la littérature publiée en 2025 range cette « rétention séminale » parmi les sujets de santé masculine qui cumulent des millions, voire des milliards de vues, avec un haut degré de désinformation [13]. Le défi lui-même n’a ni règle officielle ni organisateur : certains renoncent seulement à la masturbation, d’autres à tout orgasme, y compris avec un partenaire. Ce qui le fait tenir, c’est un chiffre, et ce chiffre a une histoire.
No Nut November : le pic de testostérone du 7e jour vient d’une étude retirée
Il sort d’un article publié en mars 2003 par une équipe de Hangzhou, en Chine. Les chercheurs ont dosé chaque jour la testostérone sanguine de 28 volontaires après une éjaculation. Du 2e au 5e jour, les variations étaient minimes ; au 7e jour, le taux atteignait 145,7 % de sa valeur de départ, soit +45,7 % [1]. Le même résumé ajoute un détail que les vidéos oublient : après ce pic, les auteurs n’ont observé aucune variation régulière, même en prolongeant l’abstinence [1]. Même dans l’étude qui fonde le défi, rien ne monte entre le 8e et le 30e jour.
Le 10 décembre 2021, la revue a retiré l’article, parce qu’il reprenait largement un texte publié quelques mois plus tôt en chinois par son premier auteur ; deux des quatre signataires ont accepté ce retrait [2], [12]. Le motif est donc une publication en double, et non une erreur de méthode, contrairement à ce qu’on lit parfois. Il reste que le résultat repose sur une seule cohorte de 28 hommes, que personne n’a reproduite, et que ce chiffre a circulé 18 ans et 9 mois avant le retrait, selon notre calcul, puis près de cinq ans après.
En ce moment
L’autre étude souvent citée, menée à Essen, en Allemagne, porte sur 10 hommes : après 3 semaines sans activité sexuelle, leur testostérone était plus élevée qu’avant la pause, alors que l’orgasme lui-même ne la modifiait pas [3]. Elle n’a mesuré ni muscle, ni énergie, ni humeur. Quand des chercheurs espagnols ont testé l’effet inverse chez 21 athlètes entraînés, l’effort sur vélo a duré 3,2 % plus longtemps après une masturbation 30 minutes avant le test qu’après l’abstinence, avec une testostérone plus haute [10]. Le groupe est petit, mais il contredit l’idée d’une énergie que l’éjaculation viderait.
Trente jours sans éjaculer : rien ne change dans la vie sexuelle
La seule étude consacrée au défi lui-même a été publiée en 2025 dans The Journal of Sexual Medicine par des psychologues de l’université Queen’s, au Canada [4]. L’équipe a interrogé 435 personnes en octobre 2023, avant le No Nut November, puis 114 d’entre elles après, en comparant ceux qui relevaient le défi à ceux qui ne le faisaient pas. Plaisir sexuel, désir en solo, troubles sexuels, excitation : aucune de ces mesures n’a évolué différemment chez les participants [4]. L’étude conclut qu’une période d’abstinence pourrait n’être associée « ni à une amélioration ni à une dégradation du bien-être sexuel » (traduction de la rédaction).
La seule différence trouvée précède le défi : ceux qui l’avaient déjà tenté se disaient plus ouverts à l’essai de pratiques sexuelles variées, ce que l’étude appelle la flexibilité sexuelle [4]. Le travail a ses faiblesses : enquête en ligne, respect du défi déclaré et non vérifié, et près de trois répondants sur quatre perdus entre les deux questionnaires, selon notre calcul (114 sur 435). Il n’a pas non plus dosé la testostérone. Mais c’est la seule mesure dont on dispose sur le mois entier, et elle ne trouve ni le bénéfice promis par les adeptes ni le dommage redouté par leurs critiques.
Sperme : plus abondant après une longue pause, mais en moins bonne forme
L’abstinence change bien quelque chose, dans le sperme. Une revue de 28 études publiées depuis 2000 montre qu’une pause plus longue augmente le volume et le nombre de spermatozoïdes ; pour leur mobilité, leur forme et l’état de leur ADN, les résultats se contredisent, avec une tendance en faveur des pauses courtes [7]. Sur 9 489 échantillons analysés en Israël, les hommes au sperme normal voyaient la mobilité et la proportion de spermatozoïdes bien formés baisser nettement entre le 11e et le 14e jour, au point que les auteurs conseillent de ne pas dépasser 10 jours avant un recueil [5].
C’est pourquoi les laboratoires français demandent un délai précis avant un spermogramme : le recueil se fait au laboratoire après deux à sept jours d’abstinence sexuelle, selon les recommandations de l’Association française d’urologie et de la Société d’andrologie de langue française [6]. Au 30e jour du défi, on se trouve 23 jours au-delà de cette fenêtre, et à trois fois le plafond de 10 jours conseillé par l’étude israélienne, selon notre calcul.


Éjaculation fréquente et cancer de la prostate : un lien observé sur 18 ans
La donnée la plus solide de ce débat ne porte pas sur un mois mais sur une vie d’adulte. Des chercheurs de Harvard ont suivi 31 925 professionnels de santé américains de 1992 à 2010 ; 3 839 ont reçu un diagnostic de cancer de la prostate [8]. Ceux qui déclaraient 21 éjaculations ou plus par mois, soit environ 5 par semaine, avaient moins souvent ce diagnostic que ceux qui en déclaraient 4 à 7, soit une à deux par semaine [8] :
- 19 % de diagnostics en moins quand la fréquence portait sur la vingtaine ;
- 22 % en moins quand elle portait sur la quarantaine ;
- un écart surtout marqué pour les cancers à faible risque, et qui tenait aussi chez les hommes régulièrement dépistés.
Il s’agit d’une association, établie à partir de souvenirs déclarés, chez des hommes qui différaient aussi par leur poids, leur activité physique ou leurs antécédents d’infections sexuellement transmissibles [8]. Elle ne dit rien d’un mois isolé sans éjaculer. Elle renverse en revanche l’intuition du défi : sur la durée, c’est la fréquence, pas la retenue, qui va de pair avec moins de cancers diagnostiqués.
Le seul moment où la médecine demande vraiment de s’abstenir tient en deux jours. L’éjaculation fait monter le PSA, la protéine dosée pour surveiller la prostate : dans une étude sur 64 hommes de 49 à 79 ans, il augmentait chez 87 % d’entre eux, et 97 % retrouvaient leur valeur de départ en 48 heures [9]. Les auteurs recommandent donc 48 heures sans éjaculer avant une prise de sang pour le PSA [9], pas un mois.
Fatigue, baisse du désir : la testostérone se vérifie par une prise de sang
Beaucoup entrent dans le défi pour retrouver de l’énergie ou une libido en berne, des signes qui peuvent aussi traduire un vrai manque de testostérone. Celui-ci ne se devine pas et ne se corrige pas par l’abstinence. La Société américaine d’endocrinologie recommande de ne le retenir qu’en présence de symptômes évocateurs et d’un taux de testostérone totale bas, mesuré le matin à jeun puis confirmé par un second dosage dans les mêmes conditions [11].

Un taux isolé ne suffit donc pas, a fortiori s’il est mesuré au 7e jour d’un défi : le diagnostic repose sur deux dosages concordants. Quand le taux total est proche de la limite basse, ou quand une maladie modifie la protéine qui transporte l’hormone dans le sang, ces recommandations prévoient de doser aussi la testostérone libre, la part de l’hormone qui n’est pas liée à cette protéine [11].
Sources et références
[1] Jiang M, Jiang X, Zou Q, Shen JW — A research on the relationship between ejaculation and serum testosterone level in men, Journal of Zhejiang University Science, 2003, 4(2):236-240 (article rétracté)
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12659241/
[2] Journal of Zhejiang University Science A — Retraction note to: A research on the relationship between ejaculation and serum testosterone level in men, 10 décembre 2021
https://doi.org/10.1631/jzus.2003.r236
[3] Exton MS et al. — Endocrine response to masturbation-induced orgasm in healthy men following a 3-week sexual abstinence, World Journal of Urology, 2001, 19(5):377-382
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11760788/
[4] Garas M, Levang SL, Pukall CF — No Nut November, temporary abstinence, and sexual wellbeing: a study of the short-term abstinence-based internet trend, The Journal of Sexual Medicine, 2025, 22(9):1649-1657
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40719785/
[5] Levitas E et al. — Relationship between the duration of sexual abstinence and semen quality: analysis of 9,489 semen samples, Fertility and Sterility, 2005, 83(6):1680-1686
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15950636/
[6] Association française d'urologie et Société d'andrologie de langue française — Recommandations concernant l'évaluation de l'homme infertile, French Journal of Urology, 2021
https://www.urofrance.org/recommandation/recommandations-de-lafu-et-de-la-salf-concernant-levaluation-de-lhomme-infertile
[7] Hanson BM et al. — The impact of ejaculatory abstinence on semen analysis parameters: a systematic review, Journal of Assisted Reproduction and Genetics, 2018, 35(2):213-220
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29143943/
[8] Rider JR et al. — Ejaculation frequency and risk of prostate cancer: updated results with an additional decade of follow-up, European Urology, 2016, 70(6):974-982
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27033442/
[9] Tchetgen MB et al. — Ejaculation increases the serum prostate-specific antigen concentration, Urology, 1996, 47(4):511-516
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8638359/
[10] Fernández-Lázaro D et al. — Sexual activity before exercise influences physiological response and sports performance in high-level trained men athletes, Physiology & Behavior, 2026, 307:115203
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41390043/
[11] Bhasin S et al. — Testosterone therapy in men with hypogonadism: an Endocrine Society clinical practice guideline, The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2018, 103(5):1715-1744
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29562364/
[12] Jiang M — Periodic changes in serum testosterone levels after ejaculation in men, Sheng Li Xue Bao (Acta Physiologica Sinica), 2002, 54(6):535-538 (en chinois)
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12506329/
[13] George M et al. — Social media and men's health: separating science from speculation in andrology, Basic and Clinical Andrology, 2025, 35(1):28
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40640726/







