Aller au contenu

Vous cherchez vos mots et prenez un anti-acide ou de la metformine depuis des années ? Un manque de vitamine B12 se cache peut-être derrière ces oublis

La vitamine B12, ou cobalamine, fait partie des causes à vérifier quand la mémoire flanche après 60 ans, et son manque est souvent lié à des médicaments du quotidien. En 2025, 39 % des 60 ans et plus ont eu au moins une boîte d'anti-acide de la famille des IPP remboursée et 11 % de la metformine, deux traitements qui font baisser la vitamine B12. Le dosage se fait par une simple prise de sang.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Dr Bellanger (1 min 12) : pourquoi un manque de vitamine B12, favorisé par les anti-acides IPP ou la metformine, peut se cacher derrière des trous de mémoire après 60 ans, et quel dosage demander au médecin.

Un prénom qui ne revient pas, des clés introuvables, une concentration qui s’effiloche : après 60 ans, ces trous de mémoire sont souvent mis sur le compte de l’âge. Parmi les causes qu’un médecin cherche avant de conclure, il y en a une qui se traite : le manque de vitamine B12, ou cobalamine. Le NICE, l’agence britannique d’évaluation en santé, range les difficultés de concentration et les pertes de mémoire à court terme parmi ses signes courants [3]. Et ce manque ne vient pas forcément de l’assiette. Deux familles de médicaments parmi les plus prescrites aux seniors font baisser la B12 : les anti-acides de la famille des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et la metformine, le traitement de base du diabète de type 2 [3][5].

Nous avons compté, dans les données de remboursement de l’Assurance maladie, combien de personnes âgées sont concernées. En 2025, 7,7 millions de personnes de 60 ans et plus ont eu au moins une boîte d’IPP remboursée, soit 39 % de cette tranche d’âge, contre 23 % des 20-59 ans [1][2]. Et 2,2 millions, soit 11 %, ont eu de la metformine [1][2].

Vitamine B12 et mémoire : une carence plus fréquente après 65 ans

La vitamine B12 sert à fabriquer les globules rouges et à entretenir les nerfs, cerveau compris. Le corps ne la produit pas : elle vient des aliments d’origine animale, puis doit être extraite et absorbée tout au long du tube digestif. C’est cette chaîne qui se grippe plus souvent avec l’âge, par exemple quand la paroi de l’estomac s’atrophie [3]. Le NICE estime que la carence touche environ 5 % des 65-74 ans et plus de 10 % des 75 ans et plus [4].

En ce moment

Les signes sont trompeurs, parce qu’aucun ne lui est propre : fatigue inexpliquée, troubles de la mémoire et de la concentration, fourmillements ou engourdissement des mains et des pieds, troubles de l’équilibre et chutes, vision floue, langue rouge et douloureuse [3]. Le NICE rappelle aussi qu’une prise de sang sans anémie ne suffit pas à écarter la carence, car les signes nerveux peuvent apparaître sans elle [3]. En France, la Haute Autorité de santé (HAS) inclut le dosage de la vitamine B12, avec celui des folates, dans le bilan possible d’un trouble de la mémoire avéré, « en fonction du contexte », à côté d’examens systématiques comme le dosage de la thyroïde ou la glycémie [8].

Lire aussi :  Durée douleur fracture trochiter : étapes de votre guérison

Une étude de l’université de Californie à San Francisco va plus loin. Chez 231 volontaires en bonne santé, d’un âge médian de 71 ans, ceux dont le taux de B12 était bas, tout en restant dans les normes, avaient en moyenne une vitesse de traitement de l’information plus lente et davantage de petites lésions de la substance blanche du cerveau à l’IRM [9]. Il s’agit d’une association observée à un moment donné, sur un petit groupe : elle ne prouve pas que la B12 en soit la cause, mais elle conduit les auteurs à interroger les seuils actuels de normalité [9].

Anti-acides IPP et metformine : comment ils font baisser la vitamine B12

Dans les aliments, la B12 est attachée à des protéines. Il faut l’acidité de l’estomac pour l’en détacher avant qu’elle puisse être absorbée [3]. Les IPP, comme l’oméprazole, l’ésoméprazole ou le pantoprazole, sont justement faits pour réduire cette acidité, ce qui les rend précieux contre le reflux ou pour protéger l’estomac. Une vaste étude menée en Californie a comparé près de 26 000 personnes chez qui une carence en B12 avait été diagnostiquée à plus de 184 000 sans carence : avoir reçu au moins deux ans d’IPP était associé à une cote de carence de 1,65, une cote de 1 signifiant aucune différence avec les personnes qui n’en prenaient pas, et à 1,95 au-delà d’un comprimé et demi par jour [7].

Or chez les seniors, l’usage est souvent long. D’après nos calculs, les 60 ans et plus sous IPP ont eu en moyenne 6,8 boîtes remboursées dans l’année, contre 3,2 chez les 20-59 ans [1]. Ce chiffre sous-estime même la réalité : il ne compte pas les boîtes d’oméprazole, d’ésoméprazole ou de pantoprazole achetées sans ordonnance.

Pour la metformine, l’effet est inscrit dans la notice officielle. Le résumé des caractéristiques du produit, mis à jour en France en mai 2025, classe la baisse ou la carence en vitamine B12 parmi les effets indésirables « fréquents » et précise que le risque augmente avec la dose, la durée du traitement et les autres facteurs de risque [5]. Dans le suivi au long cours du Diabetes Prevention Program, aux États-Unis, une B12 basse ou à la limite concernait 19,1 % des personnes sous metformine après cinq ans, contre 9,5 % sous placebo, et chaque année de traitement était associée à une cote de carence de 1,13 [6]. Chez les 60 ans et plus qui en prennent, la moyenne atteint 10,4 boîtes par an [1] : c’est un traitement de fond, pris pendant des années.

Lire aussi :  Sevrage tabagique symptômes : comment gérer les effets ?
Infographie Dr Bellanger : en 2025, 39 % des 60 ans et plus (7,7 millions) ont eu au moins une boîte d'anti-acide IPP remboursée contre 23 % des 20-59 ans, et 11 % (2,2 millions) de la metformine contre 2,4 % ; la carence en B12 touche environ 1 personne sur 20 entre 65 et 74 ans et plus de 1 sur 10 après 75 ans selon le NICE ; seuils du dosage : moins de 180 ng/L carence confirmée, de 180 à 350 ng/L zone grise, plus de 350 ng/L carence peu probable.
En 2025, près de quatre personnes de 60 ans et plus sur dix ont eu un anti-acide IPP remboursé et plus d’une sur dix de la metformine, deux traitements qui font baisser la vitamine B12. Infographie : Dr Bellanger, d’après l’Assurance maladie (Open Medic), l’Insee et le NICE ; calculs de la rédaction.

Ces deux familles ne sont pas les seules. Le NICE cite d’autres médicaments parmi les facteurs de risque courants :

MédicamentPrescrit notamment pour
IPP (oméprazole, ésoméprazole, pantoprazole, lansoprazole, rabéprazole)Reflux, ulcère, protection de l’estomac
Anti-H2 (famotidine)Brûlures d’estomac
MetformineDiabète de type 2
ColchicineCrises de goutte
PrégabalineDouleurs des nerfs, anxiété
Topiramate, phénobarbital, primidoneÉpilepsie

Le même texte cite d’autres situations qui exposent à la carence : une alimentation pauvre en produits animaux, des difficultés à faire ses courses ou à cuisiner, fréquentes en cas de fragilité ou de troubles cognitifs, une chirurgie de l’estomac ou de l’intestin, et la gastrite auto-immune, longtemps appelée anémie de Biermer [3].

Médecin expliquant un diagnostic à deux femmes en salle d'examen, montrant des cellules microscopiques sur une tablette.

Le dosage de la vitamine B12 à demander au médecin

Le NICE recommande de tester la B12 dès qu’une personne présente au moins un signe évocateur et au moins un facteur de risque, comme la prise d’IPP ou de metformine [3]. Sur l’ordonnance, l’examen s’appelle dosage de la vitamine B12, dite totale ou sérique ; certains laboratoires proposent aussi la B12 dite active, ou holotranscobalamine, que le NICE accepte comme premier test [3]. Les valeurs de référence sont celles du laboratoire. À titre indicatif, le NICE retient pour la B12 totale :

  • moins de 180 ng/L (133 pmol/L) : carence confirmée ;
  • de 180 à 350 ng/L : résultat indéterminé, qui peut justifier un second dosage, celui de l’acide méthylmalonique, surtout en présence de symptômes ;
  • plus de 350 ng/L (258 pmol/L) : carence peu probable, et d’autres causes sont à chercher [3].
Lire aussi :  Que faire en cas d’allergie aux pansements adhésifs ?

Un point pratique compte : la prise de sang doit se faire avant de commencer un complément. Les gélules et ampoules de B12 vendues sans ordonnance peuvent remonter le chiffre sans corriger complètement le manque, et fausser le résultat [3]. Mieux vaut aussi signaler au médecin tous les médicaments pris, y compris ceux achetés sans ordonnance contre les brûlures d’estomac.

Dans une salle de prélèvement, une infirmière aux gants bleus remplit un tube de sang au pli du coude d'un homme âgé, manche retroussée, assis dans un fauteuil de prélèvement.
Dans un laboratoire d’analyses, un tube se remplit au pli du coude d’un homme âgé : le dosage de la vitamine B12 se fait sur une prise de sang ordinaire, à réaliser avant tout complément. Image d’illustration.

Ne pas arrêter son traitement, corriger le manque

Une B12 basse sous metformine ou sous IPP ne signifie pas qu’il faut arrêter le médicament de soi-même. La notice de la metformine le dit explicitement : le traitement doit être poursuivi tant qu’il est toléré, et la carence corrigée à côté [5]. Le NICE propose un apport de B12 par comprimés ou par injections pendant toute la durée du traitement en cause, puis de réévaluer si ce médicament est toujours nécessaire ou peut être changé [3]. Pour les IPP, pris sur de longues périodes après 60 ans d’après nos calculs, cette question mérite d’être posée.

Les symptômes peuvent commencer à s’améliorer en deux semaines, mais cela prend parfois jusqu’à trois mois, et bien davantage pour qu’ils disparaissent complètement [3]. En cas de signes neurologiques avec anémie, le NICE demande même de commencer la B12 sans attendre les résultats [3].

Assortiment d'aliments riches en vitamine B12 sur une table en bois : palourdes, saumon, viande, œufs, yaourt et céréales.

Reste une limite qu’il faut connaître avant d’acheter une boîte de vitamines « pour la mémoire ». Chez les personnes qui ne manquent pas de B12, en prendre ne fait pas mieux fonctionner le cerveau : une synthèse de 16 essais, portant sur 6 276 participants sans carence franche, n’a trouvé aucun effet de la B12, seule ou associée à d’autres vitamines B, sur la mémoire ou les autres fonctions cognitives [10]. Le bénéfice se joue chez ceux qui en manquent, et c’est la prise de sang qui permet de le savoir.

Sources et références

[1] Assurance maladie — Open Medic 2025 : médicaments remboursés par classe ATC, âge et sexe (base complémentaire ATC4), données consultées le 31 octobre 2026
https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/open-medic-base-complete-sur-les-depenses-de-medicaments-interregimes/

[2] Insee — Bilan démographique 2025, population annuelle moyenne par groupe d'âges (tableau POP7), janvier 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8721185?sommaire=8721209

[3] National Institute for Health and Care Excellence (NICE) — Vitamin B12 deficiency in over 16s: diagnosis and management (NG239), recommandations, 6 mars 2024
https://www.nice.org.uk/guidance/ng239/chapter/recommendations

[4] NICE — Vitamin B12 deficiency in over 16s (NG239), contexte, 6 mars 2024
https://www.nice.org.uk/guidance/ng239/chapter/Context

[5] ANSM — Résumé des caractéristiques du produit, Metformine EG Labo 850 mg, comprimé pelliculé, mis à jour le 20 mai 2025
https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0433965.htm

[6] Aroda VR et al. — Long-term Metformin Use and Vitamin B12 Deficiency in the Diabetes Prevention Program Outcomes Study, The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2016
https://doi.org/10.1210/jc.2015-3754

[7] Lam JR et al. — Proton pump inhibitor and histamine 2 receptor antagonist use and vitamin B12 deficiency, JAMA, 2013
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24327038/

[8] Haute Autorité de santé — Guide du parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d'Alzheimer ou à une maladie apparentée, mai 2018
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-05/parcours_de_soins_alzheimer.pdf

[9] Beaudry-Richard A et al. — Vitamin B12 Levels Association with Functional and Structural Biomarkers of Central Nervous System Injury in Older Adults, Annals of Neurology, 2025
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ana.27200

[10] Markun S et al. — Effects of Vitamin B12 Supplementation on Cognitive Function, Depressive Symptoms, and Fatigue: A Systematic Review, Meta-Analysis, and Meta-Regression, Nutrients, 2021
https://doi.org/10.3390/nu13030923

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Dans la même rubrique